SLA : l’exposition professionnelle aux pesticides pourrait accroître le risque de maladie du motoneurone
L’exposition aux pesticides semble liée à un risque accru de développer une SLA, mais des interrogations persistent. Huntstock/Getty Une nouvelle étude suggère que l’exposition aux pesticides pourrait augmenter le risque de sclérose latérale amyotrophique, ou SLA.
La sclérose latérale amyotrophique (SLA), aussi appelée maladie de Charcot en France ou maladie de Lou Gehrig à l'étranger, est une affection neurodégénérative grave qui touche les motoneurones, ces cellules nerveuses contrôlant les muscles volontaires. Elle se manifeste par une paralysie progressive des muscles, affectant la capacité à parler, avaler et respirer. Le diagnostic survient généralement entre 40 et 70 ans, et l'espérance de vie moyenne après le diagnostic est de seulement 2 à 3 ans. Actuellement, il n'existe aucun traitement curatif pour la majorité des cas, bien que des essais récents montrent des progrès pour les formes génétiques. Environ 90 % des cas sont sporadiques, sans cause génétique identifiée, tandis que les 10 % restants sont familiaux, liés à des antécédents génétiques ou familiaux. Les causes exactes de la maladie restent mal comprises, mais une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux est suspectée.
Une méta-analyse récente, regroupant les résultats de huit études menées entre 1990 et 2025, révèle que l'exposition professionnelle aux pesticides augmente significativement le risque de développer une SLA. Selon ces travaux, les personnes exposées à au moins un type de pesticide (fongicide, herbicide ou insecticide) sur leur lieu de travail voient leur risque de SLA augmenter de 61 à 71 % par rapport à celles non exposées. L'augmentation la plus marquée (71 %) est observée pour les herbicides. Cette hausse reste relative, car la SLA touche environ 8 personnes sur 100 000 en Australie et entre 1,11 et 5,55 pour 100 000 en Europe. Cependant, ces chiffres ne reflètent pas la gravité de la maladie, qui est à la fois invalidante et dévastatrice pour les patients et leur entourage. Les hommes semblent plus touchés que les femmes, mais les données ne permettent pas de conclure si cette différence est biologique ou liée à des biais dans l'évaluation de l'exposition.
Bien que cette méta-analyse renforce l'hypothèse d'un lien entre pesticides et SLA, elle présente plusieurs limites majeures. D'abord, les huit études incluses utilisent des méthodes variables, ce qui introduit des hétérogénéités difficiles à contrôler. Certaines études ont aussi identifié d'autres facteurs de risque, comme des traumatismes crâniens ou des expositions à d'autres substances toxiques, sans que la méta-analyse puisse les dissocier clairement de l'exposition aux pesticides. Par ailleurs, une étude portait sur des vétérans exposés à l'agent orange, un herbicide utilisé comme arme chimique, dont les conditions d'exposition diffèrent radicalement des expositions professionnelles actuelles. Enfin, la plupart des études reposent sur des déclarations des participants, ce qui peut biaiser les résultats : les personnes atteintes de SLA ou suspectant un lien avec les pesticides pourraient plus facilement se souvenir de leur exposition, faussant ainsi les données.
Les chercheurs estiment que la SLA résulte probablement d'une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux, agissant en plusieurs étapes au fil de la vie. Par exemple, une personne manipulant quotidiennement des pesticides et exposée à d'autres substances toxiques, ou ayant subi un traumatisme crânien grave, pourrait voir son risque de développer la maladie augmenter. Ce modèle, appelé multistep, suggère que l'accumulation et l'interaction de ces facteurs jouent un rôle clé dans l'apparition de la maladie. Cependant, il n'est pas encore possible d'établir un profil de risque individuel précis. Les mécanismes exacts reliant les pesticides à la SLA restent également inconnus, notamment quelles substances chimiques spécifiques pourraient être en cause ou si le risque dépend de la dose ou de la durée d'exposition.
Pour mieux comprendre et prévenir la SLA, des recherches plus rigoureuses sont indispensables. Il est crucial d'identifier les mécanismes précis par lesquels les pesticides pourraient déclencher la maladie, ainsi que les substances spécifiques impliquées. Les scientifiques doivent aussi déterminer si le risque dépend de la dose ou de la durée d'exposition. À terme, ces connaissances pourraient permettre aux autorités de revoir les seuils d'exposition réglementaires et aux employeurs de mettre en place des mesures de protection plus efficaces pour les travailleurs. En attendant, ces résultats soulignent l'importance de limiter l'exposition aux pesticides, tout en rappelant que la maladie reste complexe et multifactorielle, avec des causes encore partiellement mystérieuses.

