« La Fin d’Oak Street » : notre critique
Après huit ans d’absence, David Robert Mitchell reconduit son obsession pour les mondes disparus à une autre échelle : celle du film de dinosaures. Il en tire un blockbuster étrange, imparfait et mélancolique, qui transforme le spectacle en autoportrait.
David Robert Mitchell est un cinéaste américain connu pour ses films explorant la fin de mythes ou d'âges d'or, comme It Follows (2015) ou Under the Silver Lake (2018). Après huit ans d'absence et un projet de super-héros abandonné (Heroes & Villains), il sort La Fin d'Oak Street, un film de dinosaures sorti en salles le 12 août 2026. Ce long-métrage marque une évolution dans son œuvre, passant d'un cadre contemporain à une échelle plus monumentale, tout en conservant son obsession pour les mondes disparus.
La Fin d'Oak Street aborde plusieurs thèmes récurrents dans l'œuvre de Mitchell. Le film explore la fin d'un foyer idéalisé, symbolisé par la famille Platt, dont la cohésion apparente cache des tensions et des secrets. L'intrigue fantastique, centrée sur des dinosaures, sert de prétexte pour révéler les fractures familiales. Le cinéaste utilise ce cadre pour interroger la nostalgie, notamment celle des années 1980, une décennie qu'il reconstitue avec une attention minutieuse aux détails sensoriels (couleurs, textures, pop culture).
Le film se divise en deux parties distinctes. La première partie, plus intime, dépeint le quotidien d'une famille américaine des années 1980, où chaque membre évolue dans un espace commun sans véritable interaction. La seconde partie bascule dans un récit d'aventure, où les dinosaures deviennent une menace, forçant la famille à se ressouder. Cette structure reflète l'obsession de Mitchell pour les transitions entre mondes disparus et réalités contemporaines, tout en servant de miroir à son propre parcours artistique.
Le style de La Fin d'Oak Street mêle mélancolie et nostalgie, avec une reconstitution méticuleuse des années 1980, inspirée par la pop culture de l'époque. Mitchell rend hommage à des cinéastes comme Steven Spielberg, dont l'ombre plane sur le film. Le long-métrage se caractérise par son approche sensorielle, privilégiant les atmosphères et les émotions aux intrigues complexes. Certains moments, comme une cabine téléphonique permettant de faire revenir les disparus, illustrent cette quête d'un passé idéalisé.
Critiqué pour son manque de cohérence dans sa deuxième moitié, *La Fin d'Oak Street* reste un objet cinématographique attachant et imparfait. Le film se distingue par son autoportrait à peine voilé, où Mitchell projette ses obsessions personnelles. Malgré ses faiblesses narratives, il offre des séquences poétiques et des idées visuelles fortes, comme la cabine téléphonique, qui en font une œuvre à part dans le genre des films de dinosaures.

