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Géopolitique

Le Liechtenstein, ce confetti conservateur où l’avortement reste tabou

Courrier International · mis à jour il y a 12 j

Nichée au cœur des Alpes, la principauté est l’un des derniers pays européens à interdire presque complètement l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Quinze ans après un premier référendum infructueux, une nouvelle initiative appelle à réformer la loi.

Frontière invisible

Le Liechtenstein est une petite monarchie constitutionnelle parlementaire située entre la Suisse et l’Autriche, souvent comparée à son voisin helvétique en raison de ses paysages alpins, de son niveau de vie élevé et de son système bancaire. La frontière avec la Suisse est presque imperceptible : pas de douane, pas de changement de paysage ou de monnaie, et une langue commune (l’allemand). Pourtant, cette frontière cache une différence majeure pour les femmes. En Suisse, l’avortement est légal depuis 2002 jusqu’à la 12ᵉ semaine de grossesse, tandis qu’au Liechtenstein, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) reste un délit pénal. Ce contraste illustre une divergence législative et culturelle entre les deux pays, malgré leur proximité géographique et économique.

Légalité vs interdiction

L’avortement est un sujet largement dépénalisé en Europe, où la majorité des pays autorisent l’IVG sous certaines conditions. Cependant, le Liechtenstein fait partie des rares exceptions, avec Malte et Andorre, à maintenir une législation restrictive. Dans ce micro-État de 39 000 habitants, l’IVG est passible de sanctions pénales, bien que des exceptions existent en cas de danger pour la vie de la mère ou de malformation grave du fœtus. Cette situation place le Liechtenstein en décalage avec ses voisins européens, où l’accès à l’avortement est généralement reconnu comme un droit fondamental. Les militantes féministes locales dénoncent cette interdiction, qui force parfois les Liechtensteinoises à se rendre en Suisse pour avorter, malgré les coûts et les contraintes logistiques.

Contexte politique

Le Liechtenstein est une monarchie constitutionnelle, où le pouvoir est partagé entre le prince héritier (actuellement Hans-Adam II) et un gouvernement élu. Le pays est souvent perçu comme conservateur sur le plan sociétal, avec une forte influence de l’Église catholique, bien que celle-ci ne soit pas officiellement impliquée dans les décisions politiques. Contrairement à la Suisse, où les droits des femmes ont progressé avec des réformes législatives, le Liechtenstein n’a pas modernisé sa législation sur l’IVG. Les débats publics sur ce sujet restent rares et peu médiatisés, reflétant une société où les normes traditionnelles prédominent. Cette rigidité contraste avec l’évolution des droits reproductifs dans la plupart des pays européens.

Ce que ça pourrait changer

Pour les femmes du Liechtenstein souhaitant avorter, les conséquences pratiques sont significatives. Elles doivent souvent se rendre en Suisse, où la procédure est légale et accessible, mais cela implique des frais de transport, des frais médicaux et une organisation complexe. Certaines optent pour des solutions clandestines, malgré les risques pour leur santé. Les associations féministes locales, comme *Frau und Gesellschaft* (Femmes et Société), militent pour une réforme de la loi, mais rencontrent une résistance politique et sociale. Le sujet reste tabou, et les discussions publiques sont rares, limitant la pression en faveur d’un changement législatif. Cette situation crée une inégalité d’accès aux droits reproductifs entre les deux côtés de la frontière.

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