NapseflowNapseflow
Sciences

Au Moyen Âge, partager une tombe n'était pas forcément lié au fait d'être de la même famille

Science & Vie · mis à jour il y a 20 j

Partager une tombe, au Moyen Âge, évoque d'abord une famille réunie dans la mort. Les gènes racontent une autre histoire.

ADN et sépultures médiévales

Des analyses génétiques réalisées sur des squelettes exhumés de sépultures médiévales en Europe ont révélé une découverte surprenante : partager une même tombe au Moyen Âge (entre le Ve et le XVe siècle) ne signifiait pas nécessairement être parent. Les chercheurs ont étudié l’ADN de 400 individus issus de 20 sites funéraires différents, couvrant une période allant du Ve au XIIe siècle. L’ADN (acide désoxyribonucléique), molécule porteuse de l’information génétique, a permis de retracer les liens de parenté entre les défunts. Contre toute attente, seulement 30 % des individus enterrés ensemble étaient génétiquement apparentés. Cette étude, publiée en 2026, remet en question l’idée reçue selon laquelle les sépultures collectives étaient réservées aux familles ou aux élites sociales.

Motifs des inhumations groupées

Les résultats de l’étude suggèrent que les sépultures collectives médiévales pouvaient regrouper des personnes pour d’autres raisons que la parenté. Parmi les hypothèses avancées, les chercheurs évoquent des liens sociaux, économiques ou religieux. Par exemple, des individus appartenant à une même communauté religieuse, des artisans d’un même métier ou des habitants d’un même village pouvaient être enterrés ensemble, indépendamment de leur lien familial. Cette pratique reflète une organisation sociale où la solidarité locale ou professionnelle primait sur les liens du sang. Les sites funéraires étudiés, comme ceux de l’abbaye de Cluny en France ou de la cathédrale de Lund en Suède, illustrent cette diversité des motivations.

Diversité des pratiques funéraires

L’étude révèle également une grande variabilité des pratiques funéraires selon les régions et les époques. Dans certaines zones, comme en Scandinavie, les sépultures collectives étaient courantes et pouvaient regrouper jusqu’à plusieurs dizaines d’individus. En revanche, dans d’autres régions, comme en Angleterre, les inhumations individuelles dominaient, même si des exceptions existaient. Les chercheurs soulignent que ces différences reflètent des traditions culturelles, des croyances religieuses ou des contraintes économiques locales. Par exemple, les monastères, où les moines étaient souvent enterrés ensemble, représentaient des lieux de sépultures collectives majeures.

Ce que ça pourrait changer

Cette découverte a des implications majeures pour l’historiographie médiévale. Elle montre que la notion de famille au Moyen Âge ne se limitait pas aux liens du sang, mais pouvait inclure des relations sociales ou professionnelles. Les chercheurs estiment que cette pratique funéraire reflète une société où les liens communautaires étaient aussi importants que les liens familiaux. Elle invite à reconsidérer la manière dont les historiens interprètent les sépultures médiévales, souvent analysées comme des indicateurs de statut social ou de richesse. Cette étude ouvre également la voie à de nouvelles recherches sur les structures sociales médiévales, en combinant génétique et archéologie.

Sujets complémentaires