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Numérique

Stargate : le data center Jupiter, caillou dans la chaussure des finances d’Oracle

Next.ink · mis à jour 28 sept.

Oracle prévoit un potentiel retard du projet de data center Jupiter, aux États-Unis, et cherche à obtenir des facilités de paiement dans un tel cas de « force majeure ». L’affaire illustre directement les tensions qui se cristallisent autour de l’infrastructure nécessaire à l’IA, aussi bien au niveau local qu’à l’échelle des marchés financiers.

Projet Stargate et Jupiter

Le Projet Jupiter est un data center (centre de données) géant faisant partie du plan d’investissement Stargate, annoncé par le gouvernement américain en 2026 sous la présidence de Donald Trump. Ce projet, estimé à 500 milliards de dollars, vise à développer massivement l’infrastructure numérique américaine, notamment pour l’intelligence artificielle (IA). Le data center Jupiter, situé dans l’État du Nouveau-Mexique, doit atteindre une capacité de 2,45 gigawatts (GW), soit presque la puissance combinée de deux réacteurs nucléaires comme ceux de Flamanville (1 300 MW chacun). Cette puissance pourrait alimenter environ 1,8 million de foyers. Le projet est donc à la fois technique, immobilier et énergétique, avec des enjeux majeurs pour l’économie et l’environnement.

Rôle d’Oracle

Oracle, une entreprise spécialisée dans les bases de données et les logiciels, est le principal bailleur de fonds (financeur et locataire) du data center Jupiter. Cependant, l’entreprise s’inquiète des retards possibles dans la livraison du projet, prévue initialement pour 2028. Pour se protéger, Oracle a invoqué une force majeure, un terme juridique désignant un événement imprévisible et insurmontable (comme une catastrophe naturelle ou une crise géopolitique) qui peut suspendre ou modifier les obligations contractuelles. Oracle cherche ainsi à obtenir un délai de trois ans sur ses paiements si le centre n’est pas opérationnel à temps. Malgré cette stratégie, Oracle affirme rester parfaitement aligné avec le projet, c’est-à-dire pleinement engagé dans sa réalisation.

Financement et solvabilité

Le financement du data center Jupiter repose sur un prêt de 18 milliards de dollars accordé par un consortium de 20 banques. Cependant, ce prêt suscite des doutes croissants quant à la capacité d’Oracle à le rembourser, en raison de la complexité du projet et de l’opposition locale. Les banques peinent à revendre ce prêt à d’autres institutions financières, en raison d’un manque de confiance dans la solvabilité d’Oracle. Cette situation a été aggravée par l’annulation, en septembre 2026, d’un plan de vente de 50 millions d’actions d’Oracle pour 7,5 milliards de dollars, une décision prise par Larry Ellison, cofondateur et dirigeant de l’entreprise. Ces éléments ont contribué à fragiliser la confiance des marchés envers Oracle.

Obstacles locaux et opposition

Le projet Jupiter rencontre une forte opposition locale dans le Nouveau-Mexique, où 65 % des résidents seraient contre sa réalisation, selon des sondages. Les principaux motifs de contestation sont les craintes liées à l’impact environnemental : consommation d’eau, pollution de l’air et recours à des turbines à gaz polluantes pour l’alimentation énergétique. L’État du Nouveau-Mexique a déjà refusé à plusieurs reprises des permis nécessaires à l’approvisionnement en énergie, retardant notamment le raccordement à un pipeline de gaz d’Energy Transfer LP, initialement prévu en septembre 2026 mais repoussé à février 2027. Cette opposition s’inscrit dans un mouvement plus large de rejet des centres de données et du développement de l’IA aux États-Unis, avec des débats politiques intenses, notamment à l’approche des élections de mi-mandat.

Ce que ça pourrait changer

Le projet Jupiter illustre les tensions entre ambition technologique, enjeux économiques et préoccupations environnementales. Il est devenu un symbole des débats sur l’IA et les infrastructures numériques, avec des répercussions politiques. Par exemple, la candidate démocrate Deb Haaland a proposé, si elle était élue, d’imposer une pause à tous les projets de centres de données dans l’État et d’obliger leurs promoteurs à investir dans les énergies renouvelables. Ce projet, initialement ambitieux, a déjà été revu à la baisse en raison de sa complexité, reflétant les défis croissants liés à la mise en œuvre de telles infrastructures à grande échelle.

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