Centres de données dans l’espace : ni écologiques, ni économes
Faudra-t-il envoyer un astronaute pour faire une mise à jour ou remplacer un composant défectueux dans un data center ? (ici, un astronaute en sortie extravéhiculaire autour de la station spatiale internationale en 2006) Nasa Les centres de données et de calcul, ou data center, permettent de stocker, traiter et distribuer des volumes considérables de données. Les annonces de construction se multiplient, notamment autour de l’essor de l’IA, mais ils commencent à rencontrer des oppositions, car ils entrent en compétition avec d’autres usages de l’eau et de l’électr.
Les centres de données ou data centers sont des infrastructures qui stockent, traitent et distribuent des volumes massifs de données, essentiels pour des services comme l’intelligence artificielle. Leur puissance se mesure en watts (unité de consommation énergétique instantanée). Par exemple, le centre parisien de Telehouse, actif depuis les années 1980, consomme 20 mégawatts, soit l’équivalent de la consommation électrique de 40 000 foyers français. Aujourd’hui, des projets bien plus ambitieux émergent : le Campus IA en Seine-et-Marne vise 3 gigawatts (3 000 mégawatts), tandis que SoftBank prévoit cinq gigawatts répartis dans les Hauts-de-France. Ces chiffres illustrent l’ampleur croissante de ces infrastructures, qui posent des défis majeurs en termes de ressources énergétiques et de gestion de la chaleur.
Un gigawatt d’électricité correspond à la consommation de 2 millions de foyers. Pour produire cette énergie, il faut mobiliser des ressources équivalentes à celles d’un réacteur nucléaire ou réorganiser drastiquement la répartition de l’électricité. Cela génère des conflits d’usage : faut-il privilégier l’alimentation des centres de données ou celle des habitations ? Par ailleurs, la consommation électrique des centres se transforme intégralement en chaleur. Pour évacuer 1 gigawatt de chaleur, des infrastructures de refroidissement massives sont nécessaires. En France, des projets comme ceux de Telehouse ou du Campus IA doivent gérer cette problématique, souvent en utilisant de l’eau ou de l’air, avec des impacts environnementaux et sociaux (pénurie d’eau en été, nuisances sonores).
Face aux défis terrestres, des acteurs comme Google (projet Suncatcher), Elon Musk (projet AI1 via SpaceX) ou Sophia Space proposent d’envoyer des centres de données dans l’espace. L’idée est d’éviter les conflits d’usage liés à l’énergie et à l’eau. Cependant, cette solution pose des problèmes majeurs. Dans l’espace, il n’y a ni air ni eau pour évacuer la chaleur. Le refroidissement doit se faire par rayonnement thermique, un processus physique où la chaleur est dissipée sous forme de lumière. Pour évacuer 1 gigawatt de chaleur, il faudrait des panneaux rayonnants couvrant 5 kilomètres carrés (soit 730 terrains de football), avec une masse estimée à 75 000 tonnes. Ces chiffres dépassent largement les capacités actuelles de lancement spatial.
Envoyer un centre de données dans l’espace multiplierait son empreinte carbone par dix, principalement à cause des lancements. Chaque lancement de fusée, comme ceux du Starship de SpaceX (capable d’envoyer 100 tonnes en orbite basse), génère des émissions massives de CO₂ et de particules fines, nuisibles pour le climat et la couche d’ozone. De plus, les débris spatiaux deviennent un enjeu critique : les panneaux de refroidissement, très étendus, seraient vulnérables aux collisions, créant un cercle vicieux de débris. Enfin, le renouvellement fréquent des équipements (tous les deux ans en moyenne) pose la question de la gestion des déchets : soit les laisser en orbite, aggravant le problème des débris, soit les faire retomber sur Terre, avec des risques de pollution atmosphérique.
Face aux limites des solutions spatiales, l’article souligne que les centres de données terrestres, bien que problématiques, restent la moins mauvaise option. Leurs inconvénients (consommation d’eau et d’électricité, nuisances sonores, impact sur la biodiversité) doivent être assumés et régulés. Plus largement, l’article rappelle que la Terre dispose de **ressources finies**. Il invite à repenser nos besoins en centres de données et à envisager une **décroissance** de notre consommation énergétique et matérielle pour préserver l’habitabilité de la planète. Les choix à faire ne sont pas seulement techniques, mais aussi politiques et sociétaux.

