De Bolsonaro à Milei et Kast : l’affaire Cerimedo révèle les réseaux de l’extrême droite latino-américaine
L’arrestation en Bolivie du consultant politique argentin Fernando Cerimedo, soupçonné d’avoir commandité l’attaque contre son ancienne compagne, aurait pu rester une spectaculaire affaire criminelle. Mais les enquêtes font apparaître une réalité beaucoup plus vaste.
Le 17 août 2026, Nadia Beller, une avocate bolivienne, est victime d’une tentative d’assassinat devant un hôtel de Santa Cruz de la Sierra en Bolivie. Deux hommes, Aldubar Herny Silva Peña alias Juancho et Edson Vega Justiniano alias Don Fiti, ouvrent le feu sur elle et la blessent grièvement. Les deux suspects sont recherchés par la police. Le 1er septembre, Juancho diffuse une vidéo depuis la clandestinité où il admet avoir participé à la préparation de l’opération, mais affirme que Beller n’était qu’une cible secondaire et que la véritable cible était une personnalité argentine. Beller rejette cette version. Le même jour, Fernando Cerimedo, ancien compagnon de Beller, est arrêté à l’aéroport de Viru Viru en Bolivie alors qu’il s’apprête à prendre un vol pour Buenos Aires. La justice bolivienne le place en détention préventive pour six mois dans le cadre d’une enquête pour tentative de féminicide. Cerimedo est connu pour être conseiller du président bolivien Rodrigo Paz et stratège numérique de Javier Milei en Argentine, ainsi que pour ses liens avec Jair Bolsonaro au Brésil.
L’affaire prend une dimension régionale en révélant les liens de Cerimedo avec plusieurs figures de l’extrême droite latino-américaine. En Argentine, il a joué un rôle clé dans La Derecha Diario, un média d’extrême droite créé en 2019 et devenu influent avec 1,3 million d’abonnés cumulés sur les réseaux sociaux en juin 2026. Ce média est connu pour amplifier des discours politiques en contournant les médias traditionnels. Cerimedo a également été un stratège numérique pour Javier Milei lors de sa campagne présidentielle victorieuse en 2023. Malgré les démentis de Milei, des registres officiels montrent que Cerimedo est entré au moins treize fois à la Casa Rosada entre décembre 2023 et juin 2024. Au Brésil, il a participé à la contestation des résultats électoraux de Jair Bolsonaro en 2022. En Bolivie, il conseille le président Rodrigo Paz et aurait même eu un rôle actif dans les décisions gouvernementales, selon le vice-président Edmand Lara.
Les perquisitions chez Cerimedo révèlent des éléments troublants sur ses activités financières et numériques. Plus de 500 000 bolivianos (environ 62 000 euros) en espèces, ainsi que des dollars et des euros, ont été saisis. Une ferme de bots, infrastructure permettant de gérer simultanément de nombreux comptes sur les réseaux sociaux, a également été découverte. Les enquêteurs ont trouvé sur son téléphone une conversation évoquant l’élimination de Beller avec la phrase « Ou nous l’éliminons maintenant, ou nous sommes foutus », suivie d’échanges sur la recherche d’un exécutant. Le soir de l’attaque, un contact identifié comme ECG (Erick Correa Gonzales, chef du renseignement de la Force spéciale de lutte contre le narcotrafic en Bolivie) informe Cerimedo en temps réel de l’attaque et lui transmet des photos du lieu. Aucune inculpation n’a été prononcée contre ECG à ce jour. Les enquêteurs explorent aussi des circuits financiers clandestins, dont des transferts en cryptomonnaies liés à une cueva virtual (bureau de change en ligne illégal), avec environ 400 000 dollars de transactions identifiées.
L’affaire a donné lieu à plusieurs procédures judiciaires en Bolivie. Une nouvelle détention préventive de six mois a été ordonnée contre Cerimedo pour enrichissement illicite et légitimation de gains illicites, portant le total de ses détentions à douze mois. Le sénateur Leonardo Roca s’est constitué partie civile et a transmis au parquet un traçage numérique révélant un réseau de portefeuilles de cryptomonnaies liés à Cerimedo avec d’importants mouvements de fonds. Une autre enquête a été ouverte dans le département du Beni pour trafic de substances contrôlées et entente criminelle, liée à des vols irréguliers soupçonnés de transporter de la drogue vers le Brésil. Ces développements montrent que l’affaire dépasse largement l’attentat initial et révèle des réseaux financiers et criminels transnationaux impliquant des acteurs politiques et des médias d’extrême droite.
L’affaire a provoqué des réactions en Argentine, au Chili et en Bolivie. En Argentine, la députée Myriam Bregman a interpellé le gouvernement sur le financement de *La Derecha Diario* par des entreprises publiques comme YPF et Aerolíneas Argentinas, ainsi que par des gouvernements provinciaux. Au Chili, les liens de Cerimedo avec l’entourage de José Antonio Kast ont conduit à des saisines de la justice et à une tentative de création d’une commission d’enquête parlementaire. En Bolivie, le vice-président Edmand Lara a affirmé que Cerimedo participait aux réunions du Conseil des ministres et intervenait dans des nominations, soulevant des questions sur l’influence d’un consultant étranger au cœur du gouvernement. Ces réactions illustrent l’impact politique régional de l’affaire et les tensions autour des réseaux de l’extrême droite latino-américaine.

