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Si l’on pouvait croire que la pollution affaiblissait les parasites, elle pourrait en réalité modifier leur capacité à nous infecter

Science & Vie · mis à jour il y a 8 j

Dans une rivière, les polluants les plus préoccupants ne sont pas toujours visibles. Pesticides, résidus de médicaments, métaux et autres substances chimiques peuvent circuler à des concentrations trop faibles pour provoquer une mortalité immédiate des êtres vivants.

Parasites et milieux aquatiques

Certains parasites, comme le ver Schistosoma responsable de la schistosomiase (ou bilharziose), passent une partie de leur vie dans des milieux aquatiques comme les rivières, les lacs ou les marais. Ce parasite infecte aujourd’hui plus de 230 millions de personnes dans le monde, principalement dans les régions tropicales. Cependant, son aire de répartition évolue : en 2013, des cas de contamination ont été recensés en Corse, marquant les premiers cas de transmission locale en Europe depuis plusieurs décennies. Le réchauffement climatique favorise l’expansion de ces parasites vers de nouveaux territoires, soulevant des questions sur leur capacité à s’étendre encore davantage. La schistosomiase peut entraîner des complications graves, comme des lésions hépatiques ou un cancer de la vessie. Les larves du parasite pénètrent la peau humaine lors d’un contact avec une eau infestée, puis se transforment en vers adultes dans les vaisseaux sanguins, où ils se nourrissent de globules rouges.

Pollution et transmission

La pollution des milieux aquatiques influence la transmission des maladies parasitaires, notamment en modifiant le cycle de vie des parasites. Certains contaminants, comme les engrais agricoles, favorisent la prolifération des algues et des plantes aquatiques, ce qui augmente le nombre d’escargots hôtes intermédiaires. Ces derniers servent de réservoir aux larves du parasite, facilitant ainsi leur multiplication. D’autres polluants, comme les métaux lourds ou les pesticides, peuvent affaiblir les prédateurs ou les compétiteurs des parasites, créant des conditions favorables à leur expansion. Par exemple, le cadmium réduit la capacité des larves à infecter leur hôte. Cependant, les effets de la pollution varient selon le type de contaminant, sa concentration et le stade de développement du parasite. Certains parasites, comme les schistosomes, montrent même une résistance à certains insecticides.

Perturbateurs endocriniens

Les perturbateurs endocriniens sont des molécules capables d’interagir avec le système hormonal des organismes, même à faible dose. Ces substances, comme le bisphénol A, ne tuent pas nécessairement les parasites mais peuvent altérer leur développement, leur reproduction ou leur physiologie. Par exemple, le bisphénol A modifie le développement du parasite dans l’escargot et la production de larves infectieuses. Ces effets sont souvent discrets et peuvent apparaître bien après l’exposition initiale. Les perturbateurs endocriniens agissent comme des signaux biologiques, perturbant des mécanismes internes sans provoquer de mort immédiate. Leur impact sur les parasites est encore peu étudié, mais ils pourraient modifier des fonctions clés comme leur capacité à se déplacer ou à infecter un hôte.

Effets différés et épigénétique

Une exposition brève à un polluant, même à un stade précoce du développement du parasite, peut produire des effets visibles bien plus tard. Par exemple, une exposition au cadmium diminue la capacité des larves à établir une infection chez leur hôte. Certains effets pourraient même persister sur plusieurs générations grâce à des mécanismes épigénétiques, où des modifications de l’expression des gènes sont transmises. Bien que ces mécanismes aient été observés chez d’autres organismes comme le nématode Caenorhabditis elegans, les données manquent encore pour les parasites aquatiques comme les schistosomes. Cependant, ces derniers sont sensibles à l’épigénétique, ce qui suggère que deux parasites avec le même génome pourraient fonctionner différemment selon leur exposition à la pollution.

Risques sanitaires et modèles

La pollution introduit une variabilité supplémentaire dans les systèmes biologiques, compliquant l’évaluation des risques sanitaires. Deux environnements apparemment similaires, avec le même parasite, pourraient présenter des niveaux de risque différents en fonction de leur contamination chimique. Par exemple, un milieu pourrait abriter une souche plus infectante que l’autre, avec des effets plus délétères sur les organismes infectés. Les modèles actuels de prédiction des risques devraient intégrer davantage la qualité chimique des milieux aquatiques pour mieux anticiper les menaces. La pollution agit en interaction avec le climat, les hôtes et les usages de l’eau, mais son impact sur les maillons du cycle parasitaire est encore rarement mesuré.

Ce que ça pourrait changer

Les villes, de plus en plus végétalisées pour lutter contre les îlots de chaleur et favoriser la biodiversité, deviennent aussi des zones de rencontre entre la faune sauvage, les vecteurs de maladies et les humains. Ces espaces verts urbains peuvent exposer les agents pathogènes, comme les parasites, à des polluants présents dans l’eau, les sols ou la végétation. Bien que l’impact de cette exposition sur leur capacité à se transmettre ou à infecter un hôte ne soit pas encore bien compris, elle pourrait modifier certaines caractéristiques biologiques déterminantes pour le risque sanitaire. L’enjeu n’est pas de renoncer à la nature en ville, mais d’intégrer la qualité environnementale dans les politiques de végétalisation et de surveillance sanitaire. Protéger les écosystèmes d’eau douce et surveiller la qualité chimique de l’eau permettraient de mieux anticiper les risques dans un environnement soumis à des pressions croissantes.

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