Il y a 4 milliards d'années, la vie sur Terre aurait eu deux origines distinctes
Tous les êtres vivants partagent le même code génétique, signe d’une ascendance commune. Pourtant, ce fil unique ne raconte pas toute l’histoire.
Une étude récente suggère que la vie sur Terre pourrait avoir émergé il y a environ 4 milliards d'années à partir de deux sources distinctes, et non d'une seule comme on le pensait jusqu'à présent. Cette hypothèse repose sur l'analyse de données génétiques et géologiques, qui révèlent des différences fondamentales entre certains groupes d'organismes vivants. Les chercheurs ont notamment observé que certains micro-organismes, comme les archées (des êtres vivants unicellulaires sans noyau, distincts des bactéries) et certaines bactéries, partagent des caractéristiques génétiques et biochimiques qui ne peuvent pas s'expliquer par une seule origine commune. Les archées sont des organismes microscopiques souvent associés à des environnements extrêmes, comme les sources chaudes ou les fonds océaniques, mais elles jouent aussi un rôle clé dans le cycle du carbone et de l'azote sur Terre.
Les preuves de cette double origine proviennent principalement de l'étude des gènes et des molécules impliqués dans les processus vitaux. Par exemple, les enzymes responsables de la production d'énergie dans les cellules (comme l'ATP synthase, une protéine qui génère de l'énergie sous forme d'ATP) présentent des différences majeures entre les deux groupes d'organismes. De plus, les membranes cellulaires, qui protègent les cellules et régulent les échanges avec l'extérieur, sont composées de lipides (des graisses) dont la structure varie selon l'origine des organismes. Ces différences suggèrent que ces deux groupes ont évolué indépendamment avant de coexister sur Terre. Les chercheurs estiment que cette divergence aurait pu se produire il y a entre 3,5 et 4 milliards d'années, une période où les conditions sur Terre étaient très différentes de celles d'aujourd'hui.
Cette découverte remet en question l'idée d'une origine unique de la vie, un concept appelé LUCA (Last Universal Common Ancestor, ou dernier ancêtre commun universel en français). Le LUCA est un organisme hypothétique dont descendraient tous les êtres vivants actuels. Si la vie est bien née de deux sources distinctes, cela implique que le LUCA n'était peut-être pas un seul organisme, mais plutôt un ensemble de micro-organismes aux origines variées. Cette hypothèse pourrait expliquer pourquoi certains processus biologiques, comme la production d'énergie ou la synthèse des protéines, sont si complexes et diversifiés chez les différents groupes d'organismes. Elle ouvre aussi de nouvelles pistes pour comprendre comment la vie a pu s'adapter à des environnements extrêmes et évoluer vers des formes plus complexes.
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont utilisé des techniques avancées de bioinformatique et de phylogénie (l'étude des relations évolutives entre les espèces). Ils ont analysé des milliers de génomes d'organismes vivants et de fossiles moléculaires, en comparant les séquences génétiques et les structures protéiques. Par exemple, ils ont étudié les gènes codant pour des protéines impliquées dans la réplication de l'ADN ou la production d'énergie, comme les ribosomes (les usines à protéines des cellules). Ces méthodes permettent de retracer l'histoire évolutive des organismes et de dater les événements clés, comme les divergences entre les différents groupes. Les résultats ont été publiés dans des revues scientifiques spécialisées, mais cette hypothèse reste encore débattue dans la communauté scientifique.
Cette découverte soulève de nouvelles questions sur l'origine de la vie et son évolution. Par exemple, les chercheurs tentent maintenant de déterminer si ces deux groupes d'organismes ont coexisté dès le début de la vie sur Terre ou s'ils ont émergé à des périodes différentes. Ils explorent aussi la possibilité que d'autres formes de vie, aujourd'hui disparues, aient pu exister à cette époque. Ces travaux pourraient avoir des implications pour la recherche de vie extraterrestre, en aidant les scientifiques à identifier des biosignatures (des traces de vie) dans des environnements similaires à ceux de la Terre primitive. Enfin, cette étude rappelle que la vie sur Terre est le résultat d'une histoire complexe et encore mal comprise, où le hasard et les conditions environnementales ont joué un rôle majeur.

