Que ferez-vous pour que plus aucun enfant ne voie son accès à l’éducation compromis ?
Il est difficile de connaître l’ampleur réelle des bris de scolarisation. Idem pour leurs conséquences..
Une mère de cinq enfants, dont deux filles de 6 ans atteintes d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) accompagné d’impulsivité, témoigne de leur expérience scolaire difficile dans une école publique du Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke pendant l’année 2025-2026. Dès leur première année, les appels pour venir chercher ses filles se sont multipliés, suivis de suspensions et de réductions progressives de leur temps de présence à l’école. Par exemple, l’une de ses filles a été privée d’école pendant 20 jours consécutifs après avoir griffé la main d’un adulte. Sur ces 20 jours, seuls 3 étaient officiellement enregistrés comme des suspensions externes, les autres étant notés comme des absences motivées par les parents. Ce système de documentation opaque a rendu invisible l’ampleur réelle des interruptions de scolarité pour ces enfants.
Les interruptions répétées de scolarité ont eu des conséquences graves sur les deux filles. Elles ont perdu une partie significative de leur première année scolaire, qu’elles doivent aujourd’hui reprendre, ce qui retarde leur apprentissage. Plus préoccupant encore, elles ont développé un sentiment de rejet envers l’école et une perte de confiance en elles-mêmes, en leur capacité à réussir et en l’institution scolaire. Dans leur classe de 20 élèves, la mère a observé que 4 ou 5 autres enfants semblaient également avoir une fréquentation scolaire réduite à un moment donné, soulevant des questions sur l’ampleur réelle du phénomène. Ces situations illustrent l’impact psychologique et éducatif des exclusions prolongées, même non officielles, sur des enfants en bas âge.
Les répercussions de ces interruptions scolaires ne se limitent pas aux enfants. La mère, professionnelle et mère célibataire, a dû interrompre temporairement son travail pour gérer les retours à la maison, les suspensions et les démarches administratives visant à maintenir ses filles dans leur parcours scolaire. Une autre famille, dont la fille a été privée d’école pendant deux mois complets avant d’obtenir un changement d’établissement, a également dû cesser de travailler faute de solution. Ces situations montrent comment l’exclusion scolaire d’un enfant peut entraîner des difficultés économiques et professionnelles pour les parents, aggravant ainsi les inégalités sociales.
L’auteure du témoignage souligne un manque de transparence dans la documentation des absences et des suspensions. Les interruptions de scolarité, comme les réductions de fréquentation ou les demandes de retour à la maison, ne sont pas toujours enregistrées comme telles dans les données administratives. Par exemple, sur 20 jours d’absence pour une des filles, seuls 3 jours étaient officiellement des suspensions. Cette opacité rend impossible une évaluation précise de l’ampleur du problème et limite la capacité des autorités à y répondre efficacement. Le Centre de services scolaire et le Protecteur régional de l’élève sont les instances responsables de ces données, mais leur manque de rigueur dans la collecte et la diffusion des informations aggrave la situation.
Les mécanismes de plainte et de recours actuels sont jugés trop lents pour protéger le droit à l’éducation des enfants. Les démarches passent généralement par le centre de services scolaire, puis par le Protecteur régional de l’élève, et éventuellement d’autres instances, ce qui peut prendre plusieurs semaines, voire des mois. Pendant ce temps, un enfant peut être privé de son éducation sans que des solutions rapides ne soient mises en place. Par exemple, une autre élève a vu sa fréquentation réduite à une heure par jour avant d’être exclue pendant deux mois, le temps que sa famille obtienne gain de cause. Ces délais administratifs prolongent inutilement les interruptions de scolarité et aggravent les conséquences pour les enfants et leurs familles.
L’auteure adresse une série de questions aux partis politiques en lice lors de la campagne électorale de 2026, afin d’obtenir des engagements concrets pour résoudre cette problématique. Elle demande quelles mesures seront prises pour garantir qu’aucun enfant ne soit privé d’école pendant des semaines sans encadrement ni reddition de comptes. Elle interroge également sur les actions envisagées pour améliorer la documentation des suspensions et des réductions de fréquentation, afin que la réalité vécue par les élèves soit fidèlement reflétée dans les données administratives. Enfin, elle souhaite savoir quel soutien sera offert aux parents contraints d’interrompre leur travail pour gérer ces situations, ainsi que des mesures pour accélérer les mécanismes de plainte et de recours.

