Brève théologie politique de l’intelligence artificielle
Avec la publication de Magnifica Humanitas, la première encyclique de Léon XIV, s'ouvre un conflit inédit depuis des siècles entre pouvoir temporel et magistère pastoral. En revendiquant pour les grands modèles de langage l'auctoritas du Logos divin, la Big Tech ne se contente pas de produire une idéologie réactionnaire – elle construit une infrastructure morale alternative qui place l'Église en obligation doctrinale de s'y opposer.
L’article évoque un conflit inédit entre l’Église catholique et les géants technologiques (Big Tech) depuis des siècles. Ce conflit porte sur l’auctoritas – un terme latin désignant l’autorité morale ou doctrinale – revendiquée par les grands modèles de langage d’intelligence artificielle. Selon l’auteur, ces modèles seraient présentés comme dotés d’une forme de Logos divin, c’est-à-dire une raison ou une sagesse comparable à celle attribuée à Dieu dans la tradition chrétienne. Cette prétention place l’Église dans une position de défi doctrinal, car elle doit s’opposer à une infrastructure morale alternative qui conteste son monopole sur les questions de sens et d’éthique. L’article mentionne notamment la publication de la première encyclique de Léon XIV, un pape fictif, symbolisant cette confrontation.
L’auteur rappelle que l’Église a historiquement joué un rôle de katechon, un terme grec issu de la deuxième épître de Paul aux Thessaloniciens désignant une force qui retarde l’avènement de l’Antéchrist et du chaos final (anomie). Ce concept a été associé à des institutions temporelles, comme l’Empire romain, puis à l’Église elle-même après sa chute. L’Église agit ainsi comme un frein à l’effondrement moral et social, en diffusant l’Évangile et en encourageant les vertus chrétiennes. Cette fonction de katechon est présentée comme une limite constitutionnelle pour le pape, dont le rôle n’est pas de juger ou de punir, mais de préparer le terrain pour l’avènement d’un monde meilleur, sans hâter la fin des temps.
L’article cite une déclaration de Donald Trump qualifiant Léon XIV, pape fictif, de « faible face à la criminalité et désastreux pour la politique étrangère ». L’auteur souligne que cette critique, bien que controversée, met en lumière une réalité : le pape est effectivement limité dans ses actions par sa mission spirituelle. Contrairement à un dirigeant politique, son devoir n’est pas d’exercer un pouvoir temporel ou de réprimer la criminalité, mais de promouvoir les valeurs chrétiennes et de retarder l’anarchie. Cette distinction entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel est au cœur du conflit avec les acteurs politiques comme Trump, qui attendent de l’Église une intervention plus directe dans les affaires terrestres.
L’auteur explique que la Big Tech, en attribuant une forme d’auctoritas aux modèles d’IA, construit une infrastructure morale alternative. Cette prétention conteste l’autorité traditionnelle de l’Église en matière de sens et d’éthique. Les grands modèles de langage, capables de générer des réponses complexes, sont présentés comme détenteurs d’une forme de sagesse ou de raison divine (Logos). Cette situation place l’Église dans l’obligation de s’opposer à cette vision, car elle remet en cause son rôle historique de katechon. L’article souligne que cette confrontation n’est pas seulement idéologique, mais aussi structurelle, car elle implique des infrastructures technologiques et des systèmes de valeurs concurrents.
L’article établit un parallèle entre le conflit actuel et des tensions historiques, comme celle entre l’empereur Frédéric II et le pape Innocent IV au XIIIe siècle. Frédéric II avait accusé le pape d’encourager le péché et de s’immiscer dans la politique impériale, tandis que le pape l’avait qualifié de *prenuntius Antichristi* (précurseur de l’Antéchrist). L’auteur note que les apparences ont changé – l’empereur est désormais « nu » (symbolisant sa vulnérabilité) et le pape porte des baskets Nike (symbolisant une modernité inattendue) – mais que la structure du conflit reste similaire. Ce parallèle sert à illustrer la permanence des tensions entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel, même dans un contexte technologique contemporain.

