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Citoyens, experts et décideurs : qui croit encore aux objectifs climatiques de l’UE pour 2030 ?

The Conversation France · mis à jour il y a 6 j

L’ESSENTIEL L’Union européenne vise une réduction d’au moins 55 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990. Mais qui croit vraiment que la cible sera atteinte ? Ni les citoyens, ni les experts, ni même les responsables politiques qui l’ont inscrite dans la loi.

Objectif climatique UE 2030

L’Union européenne s’est fixé un objectif contraignant : réduire d’au moins 55 % les émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990. Cet objectif, inscrit dans la loi européenne sur le climat et le paquet Ajustement à l’objectif 55 (ou Fit-for-55), vise à accélérer la transition écologique. Les émissions nettes désignent la différence entre les émissions produites et celles absorbées par les puits de carbone (forêts, océans, etc.). En 2024, les émissions de l’UE avaient déjà diminué de 37 % par rapport à 1990, mais les projections actuelles estiment une réduction de seulement 47 % en 2030 si aucune nouvelle mesure n’est prise. L’objectif de 55 % reste donc ambitieux, mais des politiques déjà planifiées pourraient permettre d’atteindre 54 %, soit un point de pourcentage en dessous de la cible.

Croyances des trois groupes

Une enquête menée auprès de plus de 2 600 citoyens, 76 experts et décideurs politiques spécialistes du climat révèle que personne ne croit pleinement à l’atteinte de l’objectif de 55 %. Les citoyens anticipent en moyenne une réduction de 43 % des émissions, les experts de 46 % et les décideurs de 50 %. Aucun groupe ne s’attend donc à ce que la cible soit pleinement atteinte. Les experts estiment même qu’il n’y a que 14 % de chances pour que l’objectif soit réalisé, tandis que les décideurs y croient à 29 %. Les citoyens sont également plus incertains : ils répartissent leurs estimations entre plusieurs scénarios possibles, reflétant un doute plus marqué. Cette incertitude est particulièrement forte chez les jeunes et les moins diplômés.

Sous-estimation du pessimisme

Les experts et décideurs politiques sous-estiment systématiquement le pessimisme des citoyens concernant les objectifs climatiques. Ils estiment que les citoyens anticipent en moyenne une baisse de 45 % des émissions, alors que l’enquête révèle qu’ils n’envisagent qu’une réduction de 43 %. Surtout, ils minimisent la part de citoyens qui craignent une absence quasi totale de progrès : seulement 16 % selon eux, contre 29 % en réalité. Ce phénomène, appelé biais égocentrique, consiste à surestimer le fait que les autres partagent nos opinions. Ce décalage entre la perception des élites et la réalité peut nuire à la crédibilité des politiques climatiques, car il empêche de répondre efficacement aux inquiétudes réelles de la population.

Homogénéité des perceptions

Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, les anticipations des citoyens sur les objectifs climatiques sont remarquablement homogènes dans toute l’Union européenne. Dans tous les pays, les citoyens s’attendent à des progrès réels mais insuffisants, et leur incertitude reste élevée. La France se distingue légèrement par une confiance un peu plus grande. Cette uniformité contraste avec les différences souvent observées sur d’autres sujets climatiques entre les pays européens. Les facteurs qui influencent l’optimisme sont principalement la confiance envers le Parlement européen et l’inquiétude pour le climat. À l’inverse, les jeunes et les moins diplômés sont plus incertains.

Conséquences des croyances

Les croyances des citoyens sur la faisabilité des objectifs climatiques ont des effets concrets. Plus un citoyen est optimiste quant à l’atteinte de la cible de 55 %, plus il soutient les politiques du paquet Fit-for-55. À l’inverse, le scepticisme et l’incertitude réduisent ce soutien. Ce phénomène s’explique par le fait que les croyances influencent les comportements et la mobilisation collective. Un public convaincu que l’objectif est hors de portée est moins enclin à le soutenir, ce qui peut rendre l’objectif effectivement plus difficile à atteindre. Cette dynamique a déjà été observée lors de mouvements comme les gilets jaunes, où des politiques perçues comme irréalistes ou injustes ont suscité une forte opposition.

Ce que ça pourrait changer

L’enquête souligne l’importance de la communication et de la confiance pour renforcer la crédibilité des engagements climatiques européens. Les responsables politiques et les experts doivent prendre au sérieux les croyances des citoyens, car celles-ci agissent comme des signaux à la fois de soutien et d’inquiétude. Sous-estimer le scepticisme du public peut alimenter involontairement le doute et affaiblir l’adhésion aux politiques. Par exemple, l’Agence européenne pour l’environnement estime que les mesures déjà planifiées pourraient permettre d’atteindre 54 % de réduction des émissions en 2030, soit un point de pourcentage en dessous de l’objectif. Pour atteindre 55 %, il est donc crucial de maintenir et d’amplifier ces efforts, tout en rassurant la population sur leur faisabilité.

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