Pour prévenir la maladie d'Alzheimer, les chercheurs ont une méthode insolite: respirer du CO2
Respirer du dioxyde de carbone pourrait bien faire le ménage dans votre cerveau. Cette méthode reproduirait, à l'état d'éveil, un mécanisme de nettoyage cérébral habituellement réservé au sommeil profond.
Le cerveau possède un système de nettoyage appelé système glymphatique, actif principalement pendant le sommeil profond. Ce mécanisme fonctionne comme une pompe qui élimine les déchets du cerveau grâce à des cycles de dilatation et de contraction des vaisseaux sanguins, se produisant environ toutes les 30 secondes. Pendant ces cycles, les ondes cérébrales lentes favorisent l'évacuation des protéines toxiques, comme la bêta-amyloïde et la protéine tau, associées à des maladies neurodégénératives comme Alzheimer. Ce processus est essentiel pour maintenir un cerveau en bonne santé, mais il est limité aux périodes de sommeil.
Une étude menée par l'université du Nouveau-Mexique, dirigée par la neuropsychologue Sephira Ryman, suggère qu'il est possible d'activer ce système de nettoyage en pleine journée. Pour cela, il suffirait d'inhaler de l'air enrichi en dioxyde de carbone (CO2) à une concentration de 5 %, soit 100 fois plus que la normale (0,05 %). Le corps réagit en dilatant les vaisseaux sanguins pour évacuer plus efficacement le CO2, reproduisant ainsi l'effet de pompage observé pendant le sommeil. Ce mécanisme pourrait aider à éliminer les protéines toxiques liées à Alzheimer, même en dehors des phases de sommeil.
Douze participants, dont quatre avec des troubles cognitifs légers et des taux élevés de protéine tau, ont testé cette méthode. Pendant 30 minutes, ils ont alterné entre une respiration normale (0,05 % de CO2) et une respiration enrichie (5 % de CO2) toutes les 35 secondes. Les scanners cérébraux ont révélé une augmentation du taux sanguin de bêta-amyloïde après 15 minutes, signe d'une meilleure élimination de cette protéine. Chez les participants avec des troubles cognitifs, une réduction de la protéine tau a également été observée. Cependant, ces effets sont temporaires : une heure après l'expérience, les niveaux de protéines toxiques sont revenus à la normale.
Cette méthode pourrait s'appliquer non seulement à la maladie d'Alzheimer, mais aussi à d'autres affections neurodégénératives comme la maladie de Parkinson, selon une étude de 2025. Sephira Ryman souligne que cette approche pourrait être bénéfique pour toute accumulation de déchets dans le cerveau. Cependant, les effets à long terme sur le déclin cognitif restent inconnus. Le neurologue Jeff Iliff, de l'université de Washington, précise que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer l'impact réel de cette technique sur la progression des maladies neurodégénératives.
Aucun effet secondaire n'a été rapporté lors de l'étude, mais la sécurité de cette méthode sur le long terme doit encore être évaluée. Sephira Ryman évoque la possibilité de développer un appareil portable utilisable à domicile, offrant une alternative aux traitements médicamenteux actuels. Ces traitements, souvent coûteux et contraignants, ciblent principalement les symptômes plutôt que les causes sous-jacentes des maladies neurodégénératives. Une telle innovation pourrait simplifier la prévention et le suivi des patients.

