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À trop vouloir contrôler les mers, sommes-nous en train de les perdre ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 16 j

Le mythe d’un océan libre au service du commerce mondial vacille. Blocus, militarisation et luttes d’influence redessinent les routes maritimes.

Mers sous tension

Les mers, autrefois perçues comme des espaces libres et ouverts au commerce mondial grâce au droit international, subissent aujourd’hui une transformation majeure. Des conflits géopolitiques, comme le blocage du détroit d’Ormuz ou les attaques des Houthis en mer Rouge, perturbent les routes maritimes. Ces événements illustrent une tendance croissante à la militarisation et à la territorialisation des océans, remettant en cause le principe historique de liberté de navigation. Selon l’économiste et historien Arnaud Orain, ces tensions reflètent un affaiblissement de l’hégémonie navale américaine, qui dominait les mers depuis la Seconde Guerre mondiale. Les blocus, les rivalités pour les ressources et les luttes d’influence redessinent ainsi les cartes maritimes, avec des conséquences directes sur le commerce mondial et les approvisionnements énergétiques.

Blocus et routes détournées

Le blocus du détroit d’Ormuz, par exemple, illustre comment une zone stratégique peut être utilisée comme levier politique. Ce détroit, situé entre l’Iran et Oman, est un point de passage essentiel pour environ 20 % du pétrole mondial. Son blocage, même temporaire, peut provoquer des perturbations majeures sur les marchés énergétiques. De même, les attaques des Houthis en mer Rouge, un corridor maritime reliant l’Europe à l’Asie, ont forcé les navires à emprunter des routes plus longues et plus coûteuses, comme le contournement par le cap de Bonne-Espérance. Ces détournements augmentent les coûts du transport maritime et prolongent les délais d’acheminement des marchandises. Arnaud Orain souligne que ces perturbations ne sont pas anodines : elles révèlent une fragmentation des routes maritimes traditionnelles, autrefois stables et prévisibles.

Capitalisme en mutation

Arnaud Orain, dans son livre Qui contrôle la mer et le monde, analyse comment la militarisation des mers s’inscrit dans une mutation plus large du capitalisme. Selon lui, la fin de l’hégémonie navale américaine coïncide avec l’émergence de nouvelles puissances maritimes, comme la Chine, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements et à étendre son influence. Cette transition s’accompagne d’une territorialisation accrue des océans, où les États ou les groupes armés cherchent à contrôler des zones spécifiques pour des raisons économiques ou stratégiques. Par exemple, la Chine construit des îles artificielles en mer de Chine méridionale pour affirmer ses revendications territoriales. Ces dynamiques transforment les océans en espaces de rivalités, où la puissance ne se mesure plus seulement par la taille des flottes, mais aussi par la capacité à imposer des règles locales.

Enjeux énergétiques et politiques

Les tensions maritimes ont des répercussions directes sur les approvisionnements énergétiques, comme en témoigne la tournée diplomatique d’Emmanuel Macron dans les pays du Golfe en octobre 2026. L’objectif était de sécuriser les livraisons de pétrole et de gaz pour stabiliser les prix des carburants en France, alors que des manifestations sociales éclataient en réaction à leur hausse. Ces enjeux énergétiques sont au cœur des stratégies des États, qui cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis des routes maritimes traditionnelles. Par exemple, l’Europe explore des alternatives comme les gazoducs ou les énergies renouvelables pour limiter sa vulnérabilité. Arnaud Orain explique que ces choix politiques s’inscrivent dans une logique de résilience face à l’instabilité des mers, mais aussi dans une compétition accrue pour le contrôle des ressources.

Ce que ça pourrait changer

L’avenir des océans apparaît de plus en plus incertain, entre militarisation, conflits et tentatives de régulation. Arnaud Orain souligne que le modèle traditionnel d’un océan libre et ouvert, au service du commerce mondial, est en crise. Les États et les acteurs privés doivent désormais composer avec des règles locales, des zones de non-droit et des risques accrus pour la navigation. Cette situation pose des défis majeurs pour la stabilité économique mondiale, mais aussi pour l’environnement. Les océans, déjà fragilisés par la pollution et le changement climatique, subissent une pression supplémentaire due à ces tensions géopolitiques. Pour l’économiste, la question n’est plus seulement de savoir *qui contrôle la mer*, mais aussi *comment préserver les océans* dans un contexte de rivalités croissantes.

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