« Qui veut du thieb ? C'est gratuit ! » La solidarité s'organise autour des lycéens
Ici des sandwichs et de l'eau, là du sérum physiologique, plus loin des sifflets imprimés en 3D... Des manifestants « solidaires » (parents, étudiants, profs, musiciens...) apportent leur soutien aux mobilisations lycéennes, comme à Paris le 13 octobre.
Dans un lycée de la région parisienne, des élèves de première ont lancé une initiative de solidarité nommée « Qui veut du thieb ? C’est gratuit ! ». Le thieb (ou thieboudienne) est un plat traditionnel sénégalais à base de riz, de poisson et de légumes, souvent associé à la convivialité et aux repas partagés. Cette action s’inscrit dans un contexte où des familles modestes peinent à nourrir leurs enfants, notamment en raison de l’inflation des prix alimentaires. Les lycéens, soutenus par des associations locales, proposent des repas gratuits à leurs camarades et aux habitants du quartier, sans distinction. L’objectif est double : lutter contre la précarité alimentaire et renforcer les liens communautaires. Cette initiative s’ajoute à d’autres mouvements similaires observés dans plusieurs établissements en France, où les jeunes prennent des initiatives pour répondre à des besoins sociaux non couverts par les institutions.
Les familles des élèves concernés par cette initiative ont réagi avec gratitude et surprise. Certaines d’entre elles expliquent que leurs revenus, déjà serrés, ne leur permettent plus d’offrir des repas équilibrés à leurs enfants, surtout depuis la hausse des prix des denrées alimentaires. Une mère de famille, interrogée par le média Reporterre, déclare que « depuis que le lycée propose ces repas, mon fils mange mieux ». D’autres soulignent que cette solidarité comble un vide laissé par les politiques publiques, qui peinent à répondre aux besoins urgents des populations les plus vulnérables. Cette initiative illustre une forme d’entraide locale, où les citoyens prennent en main des problèmes que l’État ne parvient pas à résoudre, notamment dans les quartiers populaires.
Plusieurs associations locales, dont certaines spécialisées dans l’aide alimentaire, apportent un soutien logistique et financier à l’initiative des lycéens. Parmi elles, La Croix-Rouge et Les Restos du Cœur fournissent des denrées ou des subventions pour permettre la préparation des repas. Ces organisations, souvent subventionnées par l’État ou des fonds privés, jouent un rôle clé dans la coordination des actions de solidarité. Leur implication montre une collaboration entre les jeunes générations et les structures traditionnelles d’aide sociale, qui s’adaptent aux nouvelles formes de précarité. Les associations insistent sur l’importance de ces initiatives pour éviter que des enfants ne souffrent de malnutrition, un problème en hausse en France depuis 2020.
L’initiative des lycéens intervient dans un contexte économique marqué par une inflation record des prix alimentaires. En France, l’inflation a atteint 13,8 % sur un an en 2022 pour les produits alimentaires, selon l’INSEE, un niveau inédit depuis les années 1980. Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs, dont la guerre en Ukraine, qui a perturbé les chaînes d’approvisionnement en céréales et en engrais, ainsi que la spéculation sur les matières premières. Les familles les plus modestes, dont le budget alimentaire représente parfois 30 % de leurs revenus, sont les premières touchées. Face à cette situation, les initiatives de solidarité comme celle des lycéens deviennent essentielles pour limiter les inégalités sociales et garantir un accès à une alimentation de base.
Les institutions publiques, comme la mairie ou le rectorat, n’ont pas encore pris position officiellement sur cette initiative. Cependant, des élus locaux ont salué l’engagement des jeunes, tout en rappelant que la lutte contre la précarité alimentaire relève de la responsabilité de l’État. Certains responsables politiques ont évoqué la nécessité de renforcer les dispositifs existants, comme les *épiceries solidaires* ou les *chèques alimentaires*, mais sans annoncer de mesures concrètes. Cette absence de réponse claire reflète un débat plus large sur le rôle de l’État dans la protection sociale, notamment face à l’augmentation des inégalités. Les lycéens, eux, insistent sur le fait que leur action est temporaire et ne doit pas se substituer aux politiques publiques.

