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Économie

Mirage ou panacée ? Les promesses du stockage de carbone

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 17 j

Peut-on lutter contre le réchauffement climatique en retirant le carbone de l’atmosphère ? Adopté en 2015, l’accord de Paris fixe bien un objectif d’équilibre entre les émissions anthropiques de gaz à effet de serre et leur absorption par les puits de carbone au cours de la deuxième moitié du XXI e….

Accord de Paris et neutralité carbone

L’accord de Paris, adopté en 2015, fixe un objectif de neutralité carbone d’ici la deuxième moitié du XXIe siècle. Cela signifie que les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par les activités humaines doivent être équilibrées par leur absorption naturelle ou artificielle. Certaines émissions, comme celles liées à l’agriculture, aux transports ou à certains procédés industriels, seront difficiles à éliminer complètement. Pour atteindre cet équilibre, des technologies de captage et de stockage du carbone (CCS, Carbon Capture and Storage) sont envisagées. Ces solutions visent à retirer le CO₂ de l’atmosphère ou à l’empêcher d’y être rejeté, mais leur efficacité et leur pertinence font débat. Leur rôle serait complémentaire aux efforts de réduction des émissions, et non un substitut.

Stockage par la végétation

La photosynthèse permet aux plantes d’absorber le CO₂ atmosphérique et de le transformer en matière organique, stockée dans les troncs, les racines ou les sols. Forêts, prairies, cultures et zones humides agissent ainsi comme des puits de carbone naturels. Cette solution, appelée bioéconomie, est fragile : un incendie, une sécheresse, une tempête ou un changement d’usage des terres peut transformer un puits de carbone en source d’émissions. En France, le Haut Conseil pour le climat (HCC) indique dans son rapport de 2026 que les puits naturels (secteur UTCATF : utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie) sont désormais très inférieurs aux stocks nécessaires pour atteindre la neutralité carbone. Leur durée de stockage est estimée entre quelques décennies et quelques siècles par le GIEC.

Stockage géologique du CO₂

Le stockage géologique du CO₂ consiste à capter le gaz à la sortie d’industries, à le compresser, le transporter puis l’injecter en profondeur dans le sous-sol, par exemple dans des aquifères salins ou d’anciens gisements de pétrole. Le GIEC estime que le potentiel technique mondial de cette méthode dépasse 1 000 milliards de tonnes d’équivalent CO₂, soit bien au-delà des besoins pour limiter le réchauffement à +1,5°C. Cependant, ce potentiel reste théorique en raison des coûts, de la disponibilité des sites et de l’acceptabilité sociale. Le projet danois Greensand, qui vise à injecter du CO₂ dans un ancien réservoir pétrolier en mer du Nord, illustre cette approche. Le stockage géologique offre une durée de stockage supérieure à 10 000 ans, contre quelques siècles pour les solutions biologiques.

Technologies industrielles de captage

Plusieurs technologies industrielles permettent de capter le CO₂ : le CCS (Carbon Capture and Storage), qui évite une émission mais ne retire pas le CO₂ déjà présent dans l’atmosphère, le DACCS (Direct Air Carbon Capture and Storage), qui extrait directement le CO₂ de l’air, et le BECCS (Bioenergy with Carbon Capture and Storage), qui combine biomasse et stockage géologique. Ces solutions sont plus coûteuses et énergivores que les méthodes naturelles. Le GIEC estime que le stockage naturel coûte entre 45 et 100 dollars par tonne de CO₂, contre 100 à 300 dollars pour le DACCS. Le HCC souligne en 2023 les limites de ces technologies, notamment leur maturité, leurs coûts et la disponibilité du stockage. Elles ne doivent pas servir à justifier une augmentation des émissions.

Valeur différenciée du carbone

La valeur climatique du carbone dépend de sa durée de stockage et de la probabilité qu’il retourne dans l’atmosphère. Le GIEC et le HCC recommandent de distinguer les absorptions selon leur réservoir et leur temporalité. En France, dans son avis sur la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) publié en mars 2026, le HCC propose de définir des cibles distinctes entre puits réversibles (comme les forêts) et puits permanents (comme le stockage géologique). Le stockage de carbone ne doit être envisagé que pour compenser à moyen terme les émissions résiduelles des secteurs difficiles à décarboner, tout en préservant les puits biologiques existants. En France, l’urgence est renforcée par les effets du changement climatique sur les forêts et les sols.

Ce que ça pourrait changer

Le GIEC rappelle que le stockage de carbone doit s’accompagner de réductions profondes, rapides et durables des émissions de GES. Il ne peut être qu’un outil complémentaire, utilisé en dernier recours pour les émissions résiduelles. En France, l’urgence est d’autant plus grande que les puits naturels subissent déjà les effets du changement climatique. La véritable innovation consisterait à attribuer une valeur différenciée au carbone selon sa durée de stockage, sa probabilité de réémission et ses impacts environnementaux. Cela permettrait de faire de la comptabilité carbone un instrument efficace de politique climatique, plutôt que de miser uniquement sur des solutions de stockage.

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