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Alcool, tabac

The Conversation France · mis à jour il y a 12 j

L’essentiel C’est le résultat d’un changement dans les représentations et les politiques de prévention : la consommation de tabac baisse, et de manière bien plus marquée chez les jeunes. Si les nouvelles générations consomment moins d’alcool et de drogues illicites que les précédentes, cette évolution va de pair avec une aggravation des inégalités sociales et l’apparition d’autres pratiques comme le « binge drinking ».

Baisse générale chez les jeunes

Depuis une dizaine d'années, la consommation de drogues (alcool, tabac, cannabis et autres substances illicites) diminue fortement chez les adolescents en France. Selon les enquêtes de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), cette tendance est observée pour toutes les substances considérées comme des drogues d'un point de vue pharmacologique. Par exemple, la proportion de fumeurs quotidiens chez les collégiens a été divisée par dix en dix ans. De même, la part des jeunes n'ayant jamais essayé l'alcool a quadruplé, et celle des buveurs réguliers a été divisée par deux. Pour le cannabis, la proportion de jeunes ayant fumé au moins une fois dans le mois a été divisée par quatre entre 2011 et 2024. Cette baisse s'explique par des changements dans les représentations sociales, des politiques de prévention renforcées et une transformation des sociabilités juvéniles, notamment vers des activités numériques.

Tabac : succès des politiques

La baisse la plus marquée concerne le tabagisme, avec une réduction spectaculaire chez les jeunes. En France, le tabagisme quotidien chez les collégiens est désormais inférieur à 5%, plaçant le pays parmi les rares en Europe à atteindre cet objectif avant 2032. Cette évolution résulte de décennies de politiques publiques volontaristes, comme la loi Veil (1976), la loi Évin (1991) ou le Programme national de réduction du tabagisme (2014-2019). Les mesures clés incluent des hausses répétées du prix du tabac (passé de 3,20 € en 2000 à 13 € en 2025), l'interdiction de vente aux mineurs, et des campagnes de prévention. Le tabac est désormais perçu comme un produit « chimique », « industriel » et « mortifère », en partie à cause des antécédents familiaux de cancers liés au tabagisme. La France se classe parmi les pays où l'accessibilité financière du tabac est la plus dissuasive en Europe.

Alcool : moins mais différemment

La consommation d'alcool chez les jeunes a également diminué, mais les pratiques ont changé. En 2024, moins de 9% des lycéens sont des buveurs réguliers (contre 21% en 2011). Cependant, un lycéen sur quatre déclare au moins une alcoolisation ponctuelle importante (binge drinking) dans le mois. Ce terme désigne la consommation d'au moins cinq verres en une seule occasion, une pratique risquée pour le cerveau en développement des adolescents. Les jeunes adoptent désormais un mode de consommation « nordique », caractérisé par des usages moins fréquents mais en plus grande quantité, souvent en contexte festif. Cette transformation s'explique par des changements dans les sociabilités, une vigilance accrue des familles et l'effet de modes comme le « Dry January » (mois sans alcool).

Cannabis : désaffection progressive

L'usage du cannabis chez les jeunes a fortement reculé, malgré une accessibilité accrue via les commandes en ligne et la livraison à domicile. En 2024, la proportion de lycéens ayant fumé du cannabis au moins une fois dans le mois est quatre fois moins élevée qu'en 2011. Cette désaffection s'inscrit dans un mouvement plus large de rejet des drogues illicites, influencé par les mêmes facteurs que pour le tabac et l'alcool : transformation des sociabilités, changement des représentations sociales et recul de la quête d'états d'ivresse. Cependant, cette baisse globale masque des disparités sociales croissantes, avec une consommation plus élevée chez les jeunes des milieux défavorisés.

Inégalités sociales marquées

La baisse de la consommation de drogues chez les jeunes s'accompagne d'une aggravation des inégalités sociales. Par exemple, à 17 ans, le tabagisme quotidien touche 22,1% des jeunes en filière professionnelle, contre 10,1% en filière générale ou technologique, et jusqu'à 43,5% chez les jeunes non scolarisés. De même, les alcoolisations ponctuelles importantes régulières concernent 29,3% des apprentis, contre 11,3% des jeunes en filière générale. Ces écarts se retrouvent pour le cannabis, avec un usage régulier deux fois plus fréquent chez les jeunes en filière professionnelle. Les jeunes des milieux aisés ont donc davantage bénéficié de la baisse générale de la consommation de drogues.

Adulte : psychostimulants en hausse

Contrairement aux jeunes, les adultes consomment davantage de psychostimulants (cocaïne, MDMA/ecstasy, amphétamines, etc.). La consommation de cocaïne a triplé en dix ans, atteignant près de 3% des adultes ayant consommé au moins une fois dans l'année. La MDMA/ecstasy a vu sa consommation multipliée par six entre 2010 et 2023. Ces substances, recherchées pour leurs effets de renforcement des performances, contrastent avec le cannabis, dont l'usage s'est stabilisé chez les adultes. Cette dynamique reflète des changements générationnels et des évolutions sociétales, notamment une quête de performance accrue chez les adultes. La France doit désormais surveiller l'essor de pratiques addictives promues par des stratégies marketing privées, comme le vapotage de produits à base de nicotine ou de cannabinoïdes de synthèse.

Ce que ça pourrait changer

Si la baisse de la consommation de drogues chez les jeunes est un succès de santé publique, elle s'accompagne paradoxalement d'une dégradation de leur santé mentale. Entre 2011 et 2024, les risques de dépression à 17 ans, les pensées suicidaires et les tentatives de suicide ont augmenté. Plusieurs études pointent le rôle délétère des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents. Cette situation invite à une vigilance accrue, car les évolutions observées restent fragiles. Les pouvoirs publics doivent consolider les résultats obtenus tout en s'adaptant aux nouvelles formes de consommation et aux défis émergents, comme l'impact des écrans sur les jeunes.

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