Ottawa prône une nouvelle approche diplomatique axée sur le commerce
La ministre Anand prévoit plusieurs voyages en Afrique et en Asie..
Le Canada, dirigé par le premier ministre Mark Carney et sa ministre des Affaires étrangères Anita Anand, adopte une nouvelle approche en politique étrangère. Cette stratégie, inédite depuis des années, met l’accent sur le commerce international et la croissance économique plutôt que sur les relations traditionnelles avec les États-Unis et l’Europe. L’objectif est de doubler les échanges commerciaux du Canada avec les pays autres que les États-Unis d’ici 2036. Pour y parvenir, Ottawa privilégie les déplacements en personne des responsables diplomatiques et les rencontres avec les acteurs économiques locaux. Par exemple, Anita Anand a visité le Pakistan pour la première fois depuis 19 ans, et prévoit des voyages au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Maroc et au Kazakhstan. Cette approche vise à renforcer la présence canadienne dans des régions comme l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud, où les liens commerciaux étaient moins développés.
La nouvelle diplomatie canadienne se caractérise par une recherche active d’accords commerciaux et de partenariats économiques. Avant chaque déplacement, la ministre Anand consulte les entreprises canadiennes pour identifier des opportunités, comme le Conseil des viandes du Canada avant sa visite au Brésil. Les diplomates canadiens doivent désormais évaluer les perspectives de chaque pays visité en matière d’accords commerciaux, de traités de protection des investissements ou de partenariats stratégiques. Par exemple, le Canada a signé un accord commercial avec l’Indonésie après des années de négociations, ainsi qu’un premier accord-cadre avec le Qatar dans le domaine de la défense. Ces efforts s’inscrivent dans une volonté de présenter le Canada comme une solution fiable dans un contexte géopolitique instable, où les pays cherchent à diversifier leurs approvisionnements en matières premières.
Le Canada mise sur ses ressources naturelles abondantes pour renforcer son influence commerciale. Le pays possède des réserves importantes de pétrole, de gaz, de potasse et de denrées alimentaires, des produits très recherchés sur les marchés mondiaux. Par exemple, le Pakistan a levé en 2025 les restrictions sur les importations de graines de colza canadiennes, après que la Chine les eut limitées. Cet accord, ainsi qu’un autre sur la désinfestation, illustre les résultats concrets de la nouvelle stratégie. Le Canada espère également conclure un accord commercial avec l’Association des pays de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) d’ici novembre 2026. Ces ressources naturelles placent le Canada en position de force face à la concurrence internationale, notamment face aux superpuissances comme les États-Unis ou la Chine.
La ministre Anand souligne que cette nouvelle approche diplomatique s’accompagne d’une volonté de maintenir des relations équilibrées avec tous les pays, y compris sur des sujets sensibles comme les droits de la personne ou le droit international. Elle rappelle que le Canada aborde ces questions lors de chaque visite, tout en promouvant ses intérêts économiques. Cependant, cette stratégie fait face à des critiques. Les conservateurs accusent le gouvernement de signer des accords trop vagues ou peu transparents, tandis que le Nouveau Parti démocratique (NPD) et la commission des affaires étrangères du Sénat pointent les coupes budgétaires dans la fonction publique, qui affaibliraient la capacité du Canada à concrétiser ses ambitions diplomatiques. Malgré ces défis, Ottawa insiste sur le fait que ses efforts portent déjà des fruits, comme en témoignent les récentes avancées avec le Pakistan.
Anita Anand joue un rôle clé dans la mise en œuvre de cette nouvelle stratégie. Elle organise des rencontres avec ses homologues étrangers pour préparer les visites du premier ministre Mark Carney ou accueillir des dirigeants étrangers au Canada. Par exemple, elle s’est rendue aux Philippines en juillet 2026 pour faire avancer les négociations avec l’ASEAN. Elle coordonne également des déplacements avec ceux du premier ministre, comme en Arabie saoudite en juillet 2026, une première visite officielle d’un chef de gouvernement canadien depuis 26 ans. Ces efforts visent à renforcer la cohérence de la diplomatie canadienne et à maximiser l’impact des déplacements officiels. La ministre insiste sur l’importance de ces voyages pour servir les intérêts du Canada et maintenir une présence active sur la scène internationale.

