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Philosophie

La matière en révolution – sur De Materie de Phia Ménard

AOC Media · mis à jour 23 sept.

Créée le 16 septembre dernier à l’Opéra Royal de Flandre, la nouvelle production de De Materie confie à Phia Ménard le soin de faire entendre, vingt-cinq ans après sa création, tout ce que cette œuvre a de contemporain. Le résultat tient la promesse singulière d’une artiste dont toute la carrière semblait préparer ce rendez-vous.

De Materie, une œuvre atypique

L’œuvre De Materie, composée entre 1984 et 1988 par le Néerlandais Louis Andriessen (1939-2021), est décrite comme une « ultra-symphonie théâtrale ». Contrairement à un opéra traditionnel, elle ne suit pas les codes d’un genre préexistant. Andriessen y mêle des éléments disparates : un ténor philosophe, une mystique du XIIIe siècle nommée Hadewijch, un peintre néerlandais inspiré par la danse, et une physicienne en deuil, incarnée par Marie Curie. Chaque partie de l’œuvre s’appuie sur une source textuelle distincte et un climat musical propre, reflétant une pensée dialectique où les opposés (esprit/matière, destruction/construction) révèlent une unité sous-jacente. Le compositeur y explore la transformation de la matière comme un processus à la fois physique et philosophique.

Phia Ménard, metteuse en scène

Phia Ménard, artiste française spécialisée dans la transformation de la matière à travers des matériaux comme la glace, le vent ou le carton, a été choisie pour mettre en scène De Materie à l’Opéra Royal de Flandre en septembre 2026. Sa carrière, marquée par des créations visuelles et poétiques, semblait préparée pour ce défi. Contrairement à ses prédécesseurs Bob Wilson (1989) et Heiner Goebbels (2014), qui avaient souligné la discontinuité de l’œuvre, Ménard privilégie une continuité scénique fluide. Elle conçoit l’espace comme un organisme en mutation, où cinq planches flexibles, manipulées par des câbles, évoluent au fil de la partition pour représenter successivement un navire en construction, une voûte d’église, des géométries colorées inspirées de Mondrian, et enfin un monde circulaire évoquant l’atome.

Une scénographie en mouvement

La scénographie de Phia Ménard transforme l’espace en un élément dynamique et presque magique, selon les termes de l’Opéra Ballet Royal de Flandre (Opera Ballet Vlaanderen, OBV). Les cinq planches flexibles, actionnées par des câbles et des cordes, servent de support à une narration visuelle qui épouse la musique. Cette approche évite de figer l’espace en un décor statique, préférant une évolution constante qui reflète les thèmes de la transformation et de l’unité des contraires. L’artiste utilise des matériaux et des mécanismes pour créer un effet de surgissement, où chaque scène émerge naturellement de la précédente, comme si la matière elle-même se réinventait sous les yeux du spectateur.

Ce que ça pourrait changer

La création de *De Materie* en 1988 a marqué un tournant dans l’histoire de la musique contemporaine. L’œuvre, refusant d’être réduite à un opéra, incarne une recherche d’innovation formelle et conceptuelle. Vingt-cinq ans après sa création, sa reprise par Phia Ménard à l’Opéra Royal de Flandre en septembre 2026 souligne son actualité. L’Opéra Ballet Vlaanderen, institution flamande, a confié cette production à une artiste dont le travail sur la matière et le mouvement correspond parfaitement aux thèmes de l’œuvre. Cette collaboration met en lumière la capacité de la scène contemporaine à revisiter des chefs-d’œuvre du passé avec une approche renouvelée, tout en respectant leur complexité originale.

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