« L’État a délaissé la sécurité civile » : le cri de colère d’un pompier face aux mégafeux
Les incendies ont dévasté près de 120 000 hectares depuis le début de l’année, alors que le mois d’août a à peine commencé. C’est deux fois plus que l’année 2022, pourtant record.
Depuis le début de l'année 2026, les incendies ont ravagé près de 120 000 hectares en France, soit deux fois plus que l'année 2022, pourtant déjà marquée comme record. Ces mégafeux, particulièrement intenses et étendus, surviennent alors que le mois d'août n'a pas encore atteint sa mi-parcours. Les pompiers, qu'ils soient professionnels ou volontaires, sont en première ligne face à cette situation exceptionnelle. Leur rôle est crucial, mais leur mission devient de plus en plus complexe en raison de l'ampleur des feux et du manque de moyens alloués par l'État. Ces chiffres illustrent l'urgence d'une réponse adaptée pour protéger les populations et les écosystèmes.
En France, les pompiers interviennent sur les feux de forêt sont à la fois des sapeurs-pompiers professionnels (44 000) et des volontaires (200 000, dont la moitié formés aux feux de forêt). Les professionnels sont souvent obligés d'intervenir pendant leurs temps de repos, voire de basculer en statut de volontaire pour réduire les coûts. Les volontaires partent quant à eux sur leurs congés. Les conditions de travail sont éprouvantes : manque de personnel, absence de repos après des semaines de lutte contre les incendies, et un moral en berne. Par exemple, aucun pompier français ne dispose d'un masque à cartouche adapté aux feux de forêt, seuls des morceaux de tissu ou des FFP3 (considérés comme un luxe) sont disponibles. Quatre pompiers volontaires sont décédés dans ces incendies en 2026.
Les pompiers dénoncent un manque de financement des SDIS (Services départementaux d'incendie et de secours), notamment via la taxe TSCA (taxe spéciale sur les contrats d'assurance automobile), dont une partie est destinée aux SDIS. Les syndicats réclament une augmentation de cette taxe et un élargissement de son assiette, mais ces propositions sont régulièrement bloquées par des amendements ou des votes politiques. Par exemple, les Canadair (avions bombardiers d'eau) sont souvent indisponibles : sur les 12 appareils en France, seulement 7 sont opérationnels en raison de problèmes de maintenance. De plus, les Canadair sont centralisés à Nîmes, loin des zones à risque, et leur prépositionnement dans des régions comme Bordeaux a été supprimé, retardant leur intervention sur les feux naissants.
Les pompiers soulignent que les autorités n'ont ni anticipé ni adapté leur stratégie face à l'augmentation des mégafeux. Les feux deviennent de plus en plus violents, étendus et difficiles à maîtriser en raison du changement climatique. Pourtant, les moyens prépositionnés (comme les Canadair) et les ressources humaines ne sont pas suffisants. Par exemple, les dispositifs d'irrigation agricoles ne sont pas accessibles aux pompiers, limitant leur capacité à éteindre les feux. Les syndicats demandent une réforme de la filière sapeurs-pompiers (en discussion depuis 2021) et l'aboutissement du Beauveau de la Sécurité civile (un plan gouvernemental annoncé à plusieurs reprises depuis 2024, mais toujours reporté).
Depuis 2019, les pompiers manifestent pour obtenir de meilleurs équipements, des recrutements et une augmentation de leur prime de feu (pour se rapprocher des primes d'autres métiers comme la police). Cependant, ces manifestations ont souvent été réprimées, avec des pompiers gazés ou violentés par les forces de l'ordre. Les syndicats organisent une nouvelle conférence de presse le 13 août 2026 devant le ministère de l'Intérieur (Beauvau) pour exiger un traitement différent. Ces revendications s'inscrivent dans un contexte où les pompiers estiment que leur métier n'est reconnu qu'une fois par an, lors des incendies estivaux.
Le **Rassemblement National (RN)** a largement communiqué sur les incendies, se positionnant comme un acteur clé face à cette crise. Pourtant, les syndicats des pompiers estiment que ce parti n'a pas soutenu le service public de sécurité civile à l'Assemblée nationale. Par ailleurs, des commentateurs attribuent la responsabilité des incendies aux écologistes, pointant du doigt des mesures environnementales comme la réduction des plantations de pins ou l'assèchement des marais. Les pompiers rejettent ces accusations, soulignant que les feux sont principalement dus à une gestion commerciale des forêts et à un manque de moyens. Ils rappellent aussi que des agriculteurs et chasseurs écolos ont participé aux efforts de lutte, et que l'écologie est une solution pour limiter les conséquences du changement climatique.

