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Environnement

PFAS : même des investissements massifs ne permettraient pas de s'en débarrasser

Reporterre · mis à jour 7 juil.

Les polluants éternels portent décidément bien leur nom : même des investissements considérables ne permettent pas réellement de s'en débarrasser. Selon une étude publiée le 6 juillet par la revue Environmental Science : Processes & Impacts, les procédés de traitement destinés à éliminer les PFAS ne permettraient que de traiter « moins de 2 % des émissions actuelles » en Europe.

Qu'est-ce que les PFAS

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) forment une famille de plus de 4 700 composés chimiques synthétiques utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables et résistantes à la chaleur. On les retrouve dans de nombreux produits du quotidien comme les poêles antiadhésives (Téflon), les emballages alimentaires, les textiles imperméables, les mousses anti-incendie ou encore certains cosmétiques. Leur particularité réside dans leur structure moléculaire, où des liaisons carbone-fluor extrêmement solides les rendent extrêmement persistants dans l’environnement : on les surnomme souvent les « polluants éternels ». Leur accumulation dans les sols, les eaux et les organismes vivants pose un défi majeur pour la santé publique et les écosystèmes.

Persistance environnementale

Les PFAS se dégradent très lentement, voire pas du tout, dans la nature. Une étude citée dans l’article estime qu’il faudrait entre 1 000 et 10 000 ans pour que certains de ces composés disparaissent naturellement. Leur persistance s’explique par leur résistance aux processus de dégradation biologiques, chimiques ou thermiques. Une fois rejetés dans l’environnement, ils s’accumulent dans les sols et les nappes phréatiques, contaminant durablement les écosystèmes. En France, des analyses ont révélé des concentrations élevées de PFAS dans les eaux potables de plusieurs régions, comme dans le Morbihan ou l’Isère, où des seuils dépassant les normes européennes ont été mesurés.

Risques sanitaires avérés

L’exposition aux PFAS est associée à plusieurs risques pour la santé humaine, notamment des cancers (rein, testicules, sein), des troubles du système immunitaire, des problèmes de fertilité et des effets sur le développement des enfants. Ces substances sont également suspectées d’interférer avec le système hormonal. Une étude américaine a montré que 97 % de la population des pays industrialisés présente des traces de PFAS dans le sang. En Europe, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé en 2020 une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel pour l’exposition combinée à certains PFAS, mais les seuils réglementaires restent souvent dépassés.

Investissements insuffisants

Face à l’urgence sanitaire et environnementale, des investissements massifs sont envisagés pour dépolluer les sites contaminés et développer des alternatives aux PFAS. Cependant, l’article souligne que même des budgets colossaux, comme les 1 milliard d’euros prévus par l’Union européenne pour la période 2021-2027, ne suffiraient pas à éliminer ces polluants de manière exhaustive. Les techniques de dépollution actuelles, comme l’incinération ou l’adsorption sur charbon actif, sont coûteuses, énergivores et souvent inefficaces pour certains PFAS. De plus, ces méthodes génèrent parfois des sous-produits toxiques, aggravant le problème.

Alternatives complexes

Remplacer les PFAS par des substances moins nocives s’avère difficile en raison de leurs propriétés uniques. Les industries dépendent de ces composés pour des applications critiques, comme les équipements médicaux ou les systèmes de lutte contre les incendies. Les alternatives proposées, comme les silicones ou les polymères biosourcés, présentent souvent des performances inférieures ou des coûts prohibitifs. Par exemple, une entreprise française a mis 10 ans à développer un revêtement antiadhésif sans PFAS, mais son prix reste 3 à 5 fois supérieur à celui des produits traditionnels. La transition vers des solutions durables nécessite donc des innovations technologiques et des régulations strictes, mais aussi un accompagnement des industriels.

Réglementation en retard

La réglementation sur les PFAS évolue lentement, malgré l’urgence sanitaire. En Europe, la Commission européenne a proposé en 2022 de classer tous les PFAS comme substances extrêmement préoccupantes (SVHC) au titre du règlement REACH, ce qui permettrait de restreindre leur utilisation. Cependant, cette mesure n’est pas encore adoptée et son application prendra plusieurs années. Aux États-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a fixé en 2024 des limites maximales pour six PFAS dans l’eau potable, mais ces seuils restent controversés et jugés trop laxistes par les associations environnementales. La lenteur des processus politiques aggrave la crise des PFAS.

Ce que ça pourrait changer

Les collectivités locales tentent de limiter l’exposition aux PFAS, mais leurs actions restent insuffisantes face à l’ampleur du problème. En France, certaines communes ont dû fermer des captages d’eau potable contaminés, comme à Roussillon (Isère), où les concentrations de PFAS dépassaient jusqu’à 20 fois la limite recommandée. D’autres ont mis en place des filtres à charbon actif, mais ces solutions sont coûteuses et temporaires. Les associations locales, comme *Générations Futures*, alertent sur l’absence de plans nationaux cohérents pour identifier et dépolluer les sites contaminés. Sans une coordination nationale et européenne, les efforts locaux peinent à avoir un impact significatif.

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