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Culture

Reconstruire le territoire après une catastrophe naturelle : le cas de Saint-Martin

France Culture - Savoirs · mis à jour 2 oct.

Le festival International de Géographie réunit chaque année des centaines de chercheurs, cette année autour du thème “paysage”. Comment les paysages évoluent-ils dans le contexte du changement climatique ? Comment nos territoires sont-ils reconstruits après des catastrophes naturelles ?.

Ouragan Irma 2017

En septembre 2017, l’ouragan Irma a frappé l’île de Saint-Martin, située dans les Antilles françaises, avec une violence exceptionnelle. Classé en catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, ce phénomène météorologique a causé des dégâts majeurs : 95 % des bâtiments de l’île ont été endommagés ou détruits, et les infrastructures essentielles comme les routes, les réseaux électriques et d’eau potable ont été paralysées. Cet ouragan illustre l’intensité croissante des catastrophes naturelles liées au changement climatique, un contexte qui influence directement les stratégies de reconstruction. Saint-Martin, territoire français d’outre-mer, compte environ 35 000 habitants et dépend fortement du tourisme, un secteur particulièrement vulnérable aux aléas climatiques.

Reconstruction et enjeux

La reconstruction de Saint-Martin après Irma a révélé des défis complexes, notamment en termes de gouvernance et de coordination entre les acteurs locaux et nationaux. Marie Cherchelay, docteure en géographie, a analysé ces processus dans sa thèse intitulée Reconstruire le territoire après une catastrophe naturelle : enjeux, jeux d’acteurs et rapports de pouvoir : le cas de Saint-Martin. Son travail met en lumière les tensions entre les priorités des habitants, des collectivités locales et de l’État français. Par exemple, les décisions de reconstruction ont parfois privilégié la relance économique (comme la reconstruction des hôtels) au détriment de la reconstruction des logements sociaux ou des infrastructures publiques. Ces choix reflètent des rapports de pouvoir où les acteurs économiques influencent les politiques publiques.

Jeux d'acteurs clés

Plusieurs acteurs ont joué un rôle central dans la reconstruction de Saint-Martin. D’abord, l’État français, représenté par des ministères comme celui de la Transition écologique ou des Outre-mer, a mobilisé des fonds publics pour financer la reconstruction. Ensuite, les collectivités locales, comme la Collectivité de Saint-Martin (qui gère l’île depuis 2007), ont dû concilier les besoins des habitants avec les contraintes budgétaires et réglementaires. Enfin, les acteurs privés, notamment les promoteurs immobiliers et les entreprises du tourisme, ont exercé une pression pour relancer rapidement les activités économiques. Ces dynamiques ont parfois conduit à des conflits, notamment sur l’usage des sols ou les normes de construction, illustrant les tensions entre développement économique et résilience territoriale.

Paysages et résilience

La reconstruction de Saint-Martin a aussi soulevé des questions sur l’évolution des paysages et la résilience des territoires face aux catastrophes naturelles. Marie Cherchelay souligne que les choix de reconstruction ont souvent reproduit les vulnérabilités existantes, comme la concentration des activités touristiques dans des zones à risque ou l’absence de plans d’urbanisme adaptés. Par exemple, la reconstruction des zones côtières a parfois ignoré les risques d’inondation ou d’érosion, malgré les alertes des scientifiques. Ces décisions reflètent un paradoxe : reconstruire pour retrouver un état antérieur, alors que le changement climatique rend certains territoires de plus en plus exposés aux catastrophes.

Ce que ça pourrait changer

L’étude de Marie Cherchelay s’inscrit dans le cadre du festival International de Géographie, qui a pour thème en 2023 les *paysages* et leur évolution face aux défis climatiques. Sa thèse apporte un éclairage original sur les processus de reconstruction post-catastrophe, en analysant les rapports de pouvoir et les jeux d’acteurs qui les sous-tendent. Ses travaux montrent que la reconstruction ne se limite pas à des questions techniques ou financières, mais implique aussi des choix politiques et sociaux. Par exemple, elle met en évidence comment les inégalités sociales peuvent être renforcées par des politiques de reconstruction qui favorisent certains groupes au détriment d’autres. Ces analyses sont utiles pour repenser la gestion des risques et la planification territoriale dans un contexte de changement climatique.

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