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Affaire Lyhanna : « Les défaillances de la gendarmerie et de la police sont d’abord liées à un manque de moyens humains »

The Conversation France · mis à jour il y a 28 j

Comment expliquer les défaillances des services d’enquête dans l’affaire Lyhanna ? Les gendarmes et les policiers, chargés des missions de police judiciaire, sont en sous-effectif, à l’instar des magistrats. Submergés de dossiers, ils peinent à hiérarchiser les priorités, alors que les directives ministérielles multiplient les criminalités prioritaires.

Sous-effectifs des services

Les défaillances dans l’affaire Lyhanna s’expliquent en grande partie par un manque criant de moyens humains au sein des services de gendarmerie et de police judiciaire. Le pré-rapport de l’inspection générale de la gendarmerie nationale et de la justice révèle que les effectifs n’ont augmenté que de moins de 5 % entre 2021 et 2025 dans le Gers, alors que les affaires d’infractions sexuelles sur mineurs ont progressé de 27 % dans ce département. Par exemple, en juin 2026, le parquet d’Auch gérait 154 enquêtes pour ce type d’infractions, avec une ancienneté moyenne de 11,3 mois. Ces services, submergés, peinent à hiérarchiser les priorités, d’autant que les directives ministérielles multiplient les missions jugées urgentes, rendant toute priorisation difficile.

Défauts de circulation des infos

Un autre problème structurel réside dans l’obsolescence des outils informatiques et l’absence de fluidité dans la transmission des informations entre les services. Le pré-rapport souligne que les systèmes de communication entre tribunaux, parquets et services de sécurité intérieure sont défaillants. Par exemple, la plainte déposée par la mère de Rosa en août 2025 a été transmise par courrier postal au parquet d’Auch, générant un retard initial. Cette mauvaise circulation des données empêche une coordination efficace entre les acteurs, ce qui peut retarder ou compromettre le traitement des dossiers sensibles comme celui de Lyhanna.

Charge de travail excessive

Les services judiciaires et de police sont confrontés à une charge de travail exceptionnelle, notamment en matière d’infractions sexuelles sur mineurs. Dans le Gers, le nombre d’affaires a augmenté de 45 % en Occitanie entre 2021 et 2025, alors que les effectifs n’ont pas suivi. Un substitut du procureur d’Auch, par exemple, doit gérer non seulement les signalements prioritaires, mais aussi les violences intrafamiliales, les atteintes aux personnes et les relations avec des institutions comme l’éducation nationale ou la protection judiciaire de la jeunesse. Cette surcharge limite le temps consacré à chaque affaire, rendant difficile une analyse fine des priorités.

Réforme de la police inefficace

En 2023, une réforme de la police nationale a supprimé l’échelon régional, transférant toutes les enquêtes au niveau départemental. L’objectif était de réduire le stock de 3 millions de procédures en souffrance, mais le pré-rapport de 2026 montre que cette réforme n’a eu aucun effet. Les anciens services régionaux de police judiciaire (SRPJ) et les sections de recherches de la gendarmerie, compétents pour les affaires complexes, ont disparu. Désormais, les enquêtes locales sont traitées par des services sous-dimensionnés, ce qui pénalise particulièrement les affaires transdépartementales ou nécessitant une expertise approfondie, comme les violences sexuelles sur mineurs.

Directives ministérielles contradictoires

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a multiplié les directives prioritaires, comme la lutte contre les rodéos motorisés ou les opérations Place nette contre le narcotrafic, exigeant un traitement « ferme, rapide et prioritaire » des dossiers. Cependant, cette approche crée une surcharge artificielle des services, car tout devient prioritaire. Par exemple, les Jeux olympiques ou les rodéos motorisés ont mobilisé des ressources au détriment d’autres enquêtes, comme celles concernant les violences sexuelles sur mineurs. Cette fait-diversification de la politique pénale dilue l’efficacité des services, déjà en sous-effectif.

Manque d’attractivité de la PJ

La police judiciaire (PJ), autrefois considérée comme un service prestigieux, souffre aujourd’hui d’un manque d’attractivité. Les enquêteurs y travaillent sans emploi du temps fixe, avec des horaires imprévisibles et une vie personnelle perturbée. Malgré des plans de recrutement prévoyant seulement 700 nouveaux enquêteurs (alors que l’Association nationale de la police judiciaire estime les besoins à 12 000), les conditions de travail restent difficiles. Les syndicats critiquent des propositions gouvernementales jugées insuffisantes pour rendre ce métier plus attractif, ce qui aggrave encore les problèmes de recrutement et de rétention des effectifs.

Proposition de loi insuffisante

Une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, annoncée pour septembre 2026, vise à améliorer la prise en charge des victimes et la coordination entre les services. Cependant, elle ne résoudra pas le problème structurel du manque de moyens humains. La France dispose de quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne, et seulement moins de 10 % des effectifs policiers travaillent en police judiciaire, un chiffre en baisse. Sans augmentation significative des effectifs, des budgets et des outils de communication, cette loi risque de rester inefficace face à l’ampleur des défis.

Ce que ça pourrait changer

La création de services ou de parquets spécialisés pour les violences sexuelles sur mineurs n’est pas jugée pertinente par Olivier Cahn. Contrairement aux crimes transnationaux (terrorisme, criminalité organisée), ces infractions sont souvent locales et familiales. Une spécialisation excessive risquerait de surcharger davantage les services déjà débordés. De plus, les procureurs et policiers spécialisés dans ce domaine voient leur charge de travail augmenter, ce qui pourrait nuire à l’efficacité globale du système judiciaire. Une solution plus adaptée serait de renforcer les moyens existants plutôt que de créer de nouvelles structures.

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