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Aller dans l'espace pour diffuser une vidéo : quand les plaisirs de quelques-uns polluent la planète de tous

Science & Vie · mis à jour il y a 17 j

Voyager autour de la Terre à bord d'une fusée, nous sommes nombreux à en rêver. Mais trois spécialistes de l'espace alertent : les conséquences du tourisme spatial, aujourd'hui en croissance sont lourdes pour la planète..

Tourisme spatial en hausse

Le tourisme spatial désigne les voyages dans l’espace à des fins personnelles ou récréatives, et non pour des missions scientifiques ou professionnelles. Aujourd’hui, cette activité est en forte croissance, portée par des entreprises comme Blue Origin ou Virgin Galactic, qui proposent des vols suborbitaux à des clients fortunés. En 2021, le premier vol touristique de Virgin Galactic a transporté quatre passagers à plus de 80 kilomètres d’altitude, une altitude considérée comme la frontière de l’espace par les États-Unis. Ces voyages, bien que spectaculaires, restent réservés à une infime minorité : les billets coûtent entre 250 000 € et 450 000 € par personne. En 2023, près de 600 personnes avaient déjà réservé un billet pour l’espace, selon les estimations du secteur. Cette démocratisation partielle s’accompagne cependant d’une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, un sujet qui préoccupe désormais trois spécialistes de l’espace.

Impact environnemental des fusées

Les fusées utilisées pour le tourisme spatial émettent des quantités importantes de CO₂ (dioxyde de carbone) et de suie (particules de carbone) lors de leur décollage et de leur retour dans l’atmosphère. Contrairement aux avions, les fusées brûlent des carburants comme le kérosène ou l’hydrogène liquide, qui libèrent des polluants directement dans la haute atmosphère. Une seule mission touristique peut émettre jusqu’à 100 tonnes de CO₂, soit l’équivalent des émissions annuelles de 10 Français moyens. Les particules de suie, quant à elles, restent en suspension dans la stratosphère pendant des années et contribuent au réchauffement climatique en absorbant la chaleur du soleil. Selon une étude publiée en 2022, l’impact des lancements spatiaux sur le climat pourrait tripler d’ici 2030 si le tourisme spatial continue de se développer au même rythme.

Responsabilité des acteurs privés

Les entreprises du secteur spatial, comme SpaceX ou Axiom Space, sont aujourd’hui les principaux acteurs du tourisme spatial. Ces sociétés, souvent dirigées par des milliardaires comme Elon Musk ou Jeff Bezos, défendent leur activité en mettant en avant l’innovation technologique et les retombées économiques. Cependant, elles ne sont pas soumises aux mêmes réglementations environnementales que les compagnies aériennes ou les industries terrestres. En l’absence de cadre international strict, ces entreprises fixent elles-mêmes leurs normes en matière d’émissions. Les trois spécialistes cités dans l’article soulignent que cette absence de régulation aggrave les risques pour l’environnement, d’autant plus que les vols touristiques se multiplient sans évaluation systématique de leur impact.

Risques pour la couche d’ozone

Outre le CO₂, les fusées libèrent des halocarbures, des composés chimiques utilisés dans certains carburants et qui endommagent la couche d’ozone. Cette couche, située dans la stratosphère, protège la Terre des rayons ultraviolets nocifs du soleil. Les halocarbures, comme les CFC (chlorofluorocarbures), sont déjà interdits par le protocole de Montréal depuis 1987 en raison de leur effet destructeur sur l’ozone. Pourtant, les fusées en émettent encore lors de leur combustion, notamment avec les carburants solides utilisés par certaines fusées comme celles de Arianespace. Une étude de 2023 estime que chaque lancement pourrait détruire jusqu’à 0,05 % de la couche d’ozone au-dessus de la zone de décollage, un impact cumulatif qui pourrait devenir significatif avec l’augmentation du nombre de vols.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’essor du tourisme spatial, trois spécialistes de l’espace, dont l’astrophysicien **Martin Ross**, appellent à une régulation internationale pour limiter les impacts environnementaux de cette industrie. Ils proposent notamment d’imposer des quotas d’émissions pour les compagnies spatiales, de taxer les vols les plus polluants ou de développer des carburants plus propres, comme l’**hydrogène vert**. Certains pays, comme la Nouvelle-Zélande, ont déjà commencé à encadrer les lancements spatiaux en exigeant des études d’impact environnemental. Cependant, ces mesures restent isolées et insuffisantes à l’échelle mondiale. Sans une coordination entre les États et les entreprises, le tourisme spatial pourrait aggraver la crise climatique, alors que son bénéfice pour l’humanité reste limité à une poignée de privilégiés.

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