Palerme
« Aveuglé par la lumière, je filmais ce que je ne voyais pas, mais cela n'avait pas d'importance car filmer ne servait pas à comprendre, mais à imaginer. » Dans sa maison natale à Palerme, Giorgio Vasta, que l’on connaît depuis Le Temps matériel, retrouve la caméra de son père.
L'article est écrit par Giorgio Vasta, un écrivain italien connu pour son roman Le Temps matériel. Dans ce texte, il évoque son prochain récit intitulé Une autobiographie dans la lumière, dont le sous-titre met en avant le mot dans, suggérant une exploration de l'espace et du temps. Ce livre, à paraître aux éditions Verdier et traduit par Louise Boudonnat, sera accompagné d'un travail photographique réalisé avec Ramak Hazel. L'auteur s'inspire notamment de sa caméra familiale, retrouvée dans sa maison natale à Palerme, ville sicilienne où il est né.
En 2001, à l'âge de 30 ans, Giorgio Vasta décrit une transformation de son rapport au langage. Lors de conversations, ses phrases deviennent soudainement incontrôlables : elles s'allongent, se déforment, et finissent par se dissoudre, laissant place à un mutisme gêné. Cette crise est précédée par des signes physiques comme des tremblements des lèvres, une contraction de la mâchoire ou un regard qui semble se liquéfier. L'auteur se décrit alors comme lignifié, c'est-à-dire rigidifié, tant dans son corps que dans ses émotions. Ses mouvements deviennent saccadés, segmentés, et son allure générale évoque une raideur articulaire et émotionnelle. Cette difficulté à s'exprimer le place souvent en décalage avec son entourage, le rendant maladroit ou incohérent.
Les épisodes de perte de contrôle du langage laissent Giorgio Vasta dans un état de gêne, voire de honte, face aux regards de ses interlocuteurs. Pourtant, il ressent une forme de satisfaction à voir ses paroles se dissoudre, comme si cette dissolution était leur destin naturel. Cette expérience modifie non seulement sa façon de parler, mais aussi son apparence et sa posture. Il se perçoit comme un individu fibreux, sclérosé, avec une pensée souvent incongrue, c'est-à-dire décalée ou illogique. Ses mots, quand ils émergent, sont inconsistants, et il admet même adopter parfois un comportement instinctivement mensonger, sans calcul ni intention précise. Cette transformation le rend bizarre ou farfelu aux yeux des autres, le plaçant systématiquement en décalage avec son environnement.
Le récit de Giorgio Vasta s'inscrit dans une démarche autobiographique, explorant la lumière comme métaphore de la mémoire et de la perception. Son prochain livre, *Une autobiographie dans la lumière*, doit son titre au mot *dans*, soulignant une immersion dans l'espace et le temps. L'auteur évoque une *divagation*, c'est-à-dire une errance sans but précis, en compagnie du photographe Ramak Hazel, dans des villes marquées par la nostalgie. Ce projet mêle écriture et photographie, s'appuyant sur des outils comme la caméra de son père, retrouvée à Palerme. L'objectif n'est pas de comprendre ou de documenter, mais d'imaginer, comme le suggère la citation initiale : *filmer ne servait pas à comprendre, mais à imaginer*.

