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Mesurer l’intensité de l’écoanxiété pour prévenir le mal-être et les risques pour la santé mentale

The Conversation France · mis à jour 22 sept.

L’ESSENTIEL : L’écoanxiété n’est pas une pathologie, mais une détresse psychologique liée à la crise environnementale. Une échelle, développée par la recherche, permet désormais d’en évaluer l’intensité.

Qu'est-ce que l'écoanxiété

L’écoanxiété désigne un état psychologique de détresse mentale et émotionnelle ressenti face à la menace du changement climatique et aux problèmes environnementaux mondiaux. Contrairement à une maladie, elle n’est pas une pathologie en soi, mais peut devenir dangereuse si elle s’intensifie et s’installe dans la durée. Elle se manifeste par des symptômes variés comme des ruminations (pensées obsédantes), des peurs, des insomnies, un sentiment d’impuissance ou encore un isolement social. L’écoanxiété peut être adaptative, c’est-à-dire motiver à agir pour l’environnement, ou maladaptative, lorsqu’elle dépasse les capacités de résilience d’une personne et menace sa santé mentale. En France, 15 millions de personnes en seraient concernées, selon les estimations citées dans l’article.

Mesurer son intensité

Pour évaluer l’intensité de l’écoanxiété, les chercheurs ont développé The Hogg Eco-Anxiety Scale (en français, l’échelle d’écoanxiété de Hogg), un outil inspiré du thermomètre médical. Cette échelle, transposée et étalonnée en France, classe l’écoanxiété en sept niveaux d’intensité : de « pas du tout écoanxieux » à « risque psychopathologique ». Elle permet de distinguer une écoanxiété légère, qui peut être bénéfique, d’une écoanxiété sévère, susceptible de mener à des troubles anxieux ou dépressifs. En 2025, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a mené une étude sur 998 Français âgés de 15 à 64 ans pour calibrer cet outil à l’échelle nationale.

Profil des écoanxieux en France

L’étude de l’Ademe révèle que 75 % des Français ne ressentent pas de menace directe pour leur santé mentale liée à l’écoanxiété, tandis que 15 % sont moyennement écoanxieux (symptômes comme des ruminations ou des troubles du sommeil) et 10 % éprouvent une écoanxiété forte ou très forte. Parmi ces derniers, 5 % (soit 2,1 millions de personnes) seraient en situation de risque psychopathologique, avec un risque accru de basculer vers un trouble anxieux ou dépressif. Les 15-24 ans sont plus souvent touchés par une écoanxiété très intense, tout comme les personnes ayant un niveau d’études bac+3 à bac+5 ou habitant en Île-de-France. Plus une personne s’intéresse à l’environnement, plus elle est susceptible d’être écoanxieuse, ce qui souligne le lien entre éco-lucidité (prise de conscience claire des enjeux écologiques) et écoanxiété.

Risques pour la santé et le travail

Une écoanxiété maladaptative peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale, notamment en favorisant l’apparition de troubles anxieux ou dépressifs. Au travail, elle se traduit par des conflits de valeurs, un désengagement, un burn-out, ou au contraire un surengagement, ce qui peut entraîner des départs ou des difficultés de recrutement. L’Ademe recommande aux employeurs de considérer l’écoanxiété comme un risque psychosocio-environnemental et de l’intégrer dans leurs plans de prévention. Cela implique de sensibiliser les managers, d’identifier les facteurs de risque (comme des missions exposées à des catastrophes écologiques) et de valoriser les salariés engagés dans la transition écologique pour atténuer leur anxiété.

Solutions pour agir

Pour lutter contre l’écoanxiété, l’Ademe propose plusieurs pistes. Au niveau individuel, il s’agit de légitimer cette détresse en l’intégrant dans les risques psychosociaux et de proposer une prise en charge graduée : ressources en ligne ou groupes de parole pour une écoanxiété adaptative, psychothérapie ou suivi psychiatrique pour une écoanxiété maladaptative. Au travail, les employeurs doivent adapter leur organisation pour réduire l’empreinte carbone des activités et éviter le greenwashing. Au niveau sociétal, des campagnes de sensibilisation « positives » et des récits d’avenir vivables pourraient être diffusés. L’Obseca, soutenu par l’Ademe, a reconduit son étude en 2026 pour suivre l’évolution de l’écoanxiété et ajuster les politiques publiques en conséquence.

Ce que ça pourrait changer

L’écoanxiété progresse au rythme des catastrophes environnementales et représente un enjeu de santé publique aux coûts humains et économiques importants. Ne pas agir revient à accepter une détérioration durable de la santé mentale des citoyens. L’Ademe souligne que des politiques environnementales *lisibles, vraisemblables et stables* pourraient réduire le sentiment d’impuissance des populations. Une transition écologique crédible est présentée comme un antidote partiel aux inquiétudes des citoyens. Enfin, structurer des actions en *santé mentale environnementale* implique de former les professionnels et de coordonner des réseaux spécialisés pour éviter à la fois une pathologisation abusive et l’abandon des personnes en détresse extrême.

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