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De la dénonciation du soviétisme à une série glorifiant Staline : l’itinéraire emblématique de Vladimir Bortko en Russie

The Conversation France · mis à jour il y a 16 j

Une scène de la série « Staline » de Vladimir Bortko. Kinopoisk.ru L’ESSENTIEL Pendant la perestroïka, le réalisateur Vladimir Bortko a adapté Cœur de chien de Boulgakov, une satire féroce des premières années de l’URSS.

Réalisateur et son évolution

Vladimir Bortko, réalisateur russe âgé de 80 ans aujourd'hui, est une figure emblématique de l'évolution culturelle et politique de la Russie postsoviétique. Dans les années 1980, pendant la perestroïka (période de réformes économiques et politiques en URSS sous Mikhaïl Gorbatchev), il a adapté Cœur de chien de Mikhaïl Boulgakov, une satire féroce des premières années de l'URSS. Ce film, diffusé en 1988, a été perçu comme un chef-d'œuvre anticommuniste par une grande partie du public. Aujourd'hui, Bortko présente une série télévisuelle en quatre épisodes glorifiant Joseph Staline, marquant un revirement spectaculaire dans sa vision du régime soviétique.

Série sur Staline et son impact

La série Staline, tournée au printemps 2026 en Russie, est présentée comme une étape supplémentaire dans la réhabilitation du dirigeant soviétique. Elle s'ajoute à d'autres productions comme Stalin Live (2006-2007), une série de 40 épisodes qui avait déjà suscité la polémique en offrant une image positive de Staline. En Russie, plus de 120 statues de Staline ont été érigées depuis 2014, contre aucune après 1961 (date du XXe Congrès du Parti communiste de l'URSS, qui a marqué le début de la déstalinisation). Cette réhabilitation s'inscrit dans un contexte de montée de l'agressivité russe, notamment depuis l'annexion de la Crimée en 2014 et l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Parcours politique de Bortko

Bortko a été membre du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) entre 1983 et 1991, une affiliation alors quasi obligatoire pour une carrière artistique. En 2007, il rejoint le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), un parti d'opposition qui défend une vision nostalgique de l'URSS. Élu député à la Douma (Chambre basse du Parlement russe) en 2011 et réélu en 2016, il a abandonné son siège en 2021. Ses prises de position en faveur de Staline, qu'il présente comme un symbole de la grandeur russe, reflètent une évolution idéologique marquée par son rejet de la déstalinisation (processus de critique des crimes de Staline lancé par Nikita Khrouchtchev en 1956).

Vision de Staline par Bortko

Bortko considère Staline comme une figure injustement calomniée, affirmant en 2013 que « Staline est la personnalité sur laquelle on a le plus menti au XXe siècle ». Il minimise les répressions staliniennes, attribuant leur augmentation à Khrouchtchev, et met en avant les succès de l'URSS sous Staline : industrialisation rapide, victoire dans la Seconde Guerre mondiale, avancées scientifiques (bombe atomique, conquête spatiale) et contributions culturelles (théâtre de Stanislavski, musique de Chostakovitch, littérature de Choukhov ou Boulgakov). Pour lui, la chute de l'URSS en 1991 est liée à la déstalinisation de 1956, qu'il présente comme une rupture avec l'héritage soviétique.

Lien familial et héritage ukrainien

Bortko a grandi à Kyiv, en Ukraine, où son père était metteur en scène et sa mère, Marina Zakharenko, une actrice ukrainienne dont le père est mort dans les camps du goulag (système de camps de travail forcé en URSS) ou a été fusillé pendant les purges staliniennes. Sa mère s'est remariée avec Alexandre Korneïtchouk, un dramaturge ukrainien pro-soviétique, proche de Staline et récompensé à cinq reprises par le prix Staline. Ce lien familial illustre l'ambivalence de Bortko, qui défend aujourd'hui un régime ayant persécuté une partie de sa famille ukrainienne.

Positionnement sur l'Ukraine

Le rapport de Bortko à l'Ukraine a évolué vers un soutien inconditionnel à la politique russe. En 2009, son film Tarass Boulba (adaptation du roman de Gogol) a été critiqué pour une interprétation jugée impérialiste par certains Ukrainiens. En 2014, il a signé une lettre soutenant l'annexion de la Crimée par la Russie. En 2022, il a approuvé l'invasion de l'Ukraine et qualifié de « traîtres » ceux qui s'y opposaient. En 2026, il a appelé la Russie à utiliser des armes nucléaires contre l'Ukraine pour mettre fin à la guerre en deux semaines, illustrant une radicalisation de ses positions.

Ce que ça pourrait changer

Bortko a été félicité pour ses 80 ans par Vladimir Poutine et Sergueï Narychkine, chef des services secrets extérieurs russes (SVR). Son parcours reflète une tendance plus large en Russie, où des personnalités culturelles s'alignent sur les positions du pouvoir, au mépris des droits fondamentaux. Son cas soulève une question centrale : comment un petit-fils de paysan ukrainien, dont la famille a souffert des purges staliniennes, peut-il aujourd'hui défendre ce même régime et appeler à la destruction de l'Ukraine ? Ce paradoxe illustre selon l'article les tensions internes de la Russie contemporaine.

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