Les barbes regorgent-elles de bactéries ?
Dans sa rubrique “Est-il vrai que… ?”, le quotidien britannique “The Guardian” tente de répondre aux questions que l’on s’est toutes et tous déjà posées. Cette semaine, il indique que, si certaines études démontrent que les barbus sont perçus comme des personnes moins hygiéniques que les autres, la réalité scientifique est plus complexe..
Depuis des décennies, une croyance populaire suggère que les barbes seraient plus sales que les visages glabres. Selon cette idée, les hommes barbus seraient perçus comme moins soucieux de leur hygiène. Par exemple, une étude a montré que des clients de restaurant jugeaient les serveurs barbus comme moins propres que leurs collègues rasés. Cependant, cette perception n’est pas étayée par les données scientifiques disponibles. Elle illustre plutôt un préjugé culturel envers les barbes, souvent associées à un manque de rigueur ou à un style de vie moins conventionnel. Cette idée reçue influence même certains secteurs professionnels, où l’apparence peut être perçue comme un indicateur de professionnalisme.
En 1967, une des premières études sur le sujet a été menée pour évaluer la quantité de bactéries présentes sur les visages d’hommes après exposition à une solution bactérienne. Les chercheurs ont comparé quatre groupes : visages rasés non lavés, visages rasés lavés, visages barbus non lavés et visages barbus lavés. Les résultats ont révélé que les visages rasés non lavés présentaient le plus de bactéries, suivis des visages barbus non lavés, puis des visages barbus lavés. Les visages rasés lavés étaient les moins contaminés. Cette étude a donc montré que la barbe ne favorisait pas nécessairement une accumulation de bactéries, contrairement à l’idée reçue. Le professeur John Tregoning, immunologiste vaccinal à l’Imperial College de Londres, a résumé ces résultats en conseillant : si un homme ne souhaite pas se laver le visage, porter une barbe réduit légèrement la présence de bactéries, mais se raser reste préférable s’il se lave régulièrement.
Des études plus récentes se sont concentrées sur le personnel soignant et les chirurgiens, où l’enjeu n’est pas l’hygiène générale, mais le risque d’infection dans les blocs opératoires. Les résultats sont contradictoires : certaines recherches suggèrent que la barbe pourrait retenir des bactéries, tandis que d’autres ne constatent aucune différence significative entre visages barbus et rasés. La variabilité des résultats s’explique par les méthodes de prélèvement des échantillons et les conditions d’hygiène. Cependant, la plupart des études s’accordent sur un point : si les masques chirurgicaux sont portés correctement, le risque d’infection lié à la pilosité faciale est négligeable. Ces travaux soulignent que le port du masque reste le facteur déterminant pour limiter la transmission de bactéries, bien plus que la présence ou l’absence de barbe.
Le professeur John Tregoning rappelle que la présence de bactéries sur la peau, qu’elle soit poilue ou non, est un phénomène normal et généralement sans danger. Toute partie du corps humain, y compris les zones glabres, abrite des micro-organismes. Ces bactéries ne posent problème que dans des cas spécifiques, comme une plaie ouverte ou une situation où le système immunitaire est affaibli. Tregoning insiste sur le fait que l’idée selon laquelle les barbes seraient particulièrement sales ou dangereuses est exagérée. Il précise que les bactéries sont omniprésentes et que leur présence n’est pas un indicateur d’hygiène défaillante, sauf dans des contextes médicaux stricts où des protocoles précis doivent être suivis. Ainsi, la barbe ne constitue pas un risque sanitaire majeur en dehors de ces contextes.

