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Géopolitique

“Je dors entre zéro et trois heures” : le message “anachronique” de la Première ministre japonaise

Courrier International · mis à jour il y a 13 j

En déclarant dormir seulement trois heures par jour, Sanae Takaichi a relancé le débat sur la culture du travail dans l’archipel, rappelant à beaucoup le dévouement professionnel qui était attendu des cadres dans les années 1980. D’autant qu’elle cherche au même moment à revenir sur des réformes introduites depuis vingt ans pour améliorer les conditions de travail..

Déclaration controversée

Le 20 juillet 2025, jour férié au Japon (Jour de l’océan), la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a partagé sur son compte X (anciennement Twitter) des détails sur son temps de sommeil. Elle a indiqué dormir en moyenne entre zéro et trois heures par nuit depuis le début de ses fonctions. Ce message, émis dans un cadre officiel, a provoqué des réactions vives. Elle a précisé qu’un week-end prolongé lui avait permis de dormir cinq heures d’affilée, soulignant ainsi l’exceptionnalité de cette situation. Cette déclaration s’inscrit dans un pays où la culture du travail intense est souvent critiquée, notamment pour ses effets sur la santé et la productivité.

Culture du travail au Japon

Le Japon est connu pour une culture du travail exigeante, où les longues heures et les sacrifices personnels sont parfois valorisés. Historiquement, durant l’ère Showa (1926-1989), sous le règne de l’empereur Hirohito, travailler de nuit était perçu comme un signe de dévouement et de courage. Cependant, cette vision évolue avec les avancées scientifiques. Aujourd’hui, des études montrent que le manque de sommeil réduit la productivité et nuit à la santé. Par exemple, une réduction du temps de sommeil de 2 100 heures à 1 600 heures par an est évoquée dans le débat public, illustrant l’impact d’une meilleure gestion du repos sur l’efficacité professionnelle.

Réactions politiques

La déclaration de Sanae Takaichi a suscité des critiques, notamment de la part de Motohisa Furukawa, membre du Parti démocrate du peuple (centre) et président d’un groupe parlementaire dédié à l’amélioration de la qualité du sommeil au Japon. Il a souligné, lors d’une intervention sur la chaîne publique NHK, que bien dormir est essentiel pour une productivité optimale. Furukawa a rappelé que les normes de travail ont changé : ce qui était autrefois considéré comme une preuve de rigueur est désormais reconnu comme contre-productif. Son parti milite pour des politiques publiques favorisant un meilleur sommeil, reflétant une prise de conscience croissante des enjeux sanitaires et économiques liés au repos.

Ce que ça pourrait changer

Sanae Takaichi est la Première ministre du Japon, un pays dirigé par le Parti libéral-démocrate (PLD), un parti conservateur. Son message sur les réseaux sociaux a mis en lumière les tensions entre les attentes traditionnelles du monde professionnel japonais et les nouvelles normes de santé publique. Le Japon, comme d’autres pays industrialisés, fait face à des défis liés au vieillissement de sa population et à la nécessité de concilier performance économique et bien-être des travailleurs. Ce débat s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question des modèles de travail hérités du XXe siècle.

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