Les accouchements par césarienne liés à un risque accru de leucémie chez les enfants, alerte une étude
Une étude suédoise de grande envergure met en lumière un lien entre les césariennes planifiées et un risque accru de leucémie aiguë lymphoblastique chez les enfants. Les chercheurs alertent sur les conséquences potentielles de ces accouchements non justifiés médicalement sur la santé à long terme des enfants..
Une étude suédoise publiée en juillet 2025 par le Karolinska Institutet dans The International Journal of Cancer révèle un lien entre les accouchements par césarienne planifiée (sans urgence médicale) et un risque accru de leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) chez l’enfant. La LAL est la forme la plus fréquente de cancer pédiatrique en Suède, avec 50 à 70 nouveaux cas par an. Les chercheurs ont analysé les données de plus de 2,4 millions de naissances suédoises entre 2000 et 2020, en croisant les registres médicaux des naissances et ceux des cancers. L’excès de risque estimé pour la LAL-B (la forme la plus courante de LAL) est de 29 % pour les enfants nés par césarienne programmée, ce qui correspond à environ 1 cas supplémentaire pour 100 000 naissances par an. Bien que ce risque reste faible pour un enfant individuel, il devient significatif à l’échelle d’une population.
L’étude distingue deux types de césariennes : celles planifiées (réalisées avant le début du travail) et celles d’urgence (décidées pendant l’accouchement). Seules les césariennes planifiées sont associées à un risque accru de LAL. Cette distinction est cruciale car elle permet d’isoler l’effet propre à la césarienne programmée, indépendamment des complications médicales pouvant survenir pendant l’accouchement. Pour éviter les biais, les chercheurs ont exclu les enfants présentant des malformations congénitales ou des troubles génétiques connus pour augmenter le risque de leucémie. Ils ont également pris en compte des variables comme le niveau d’éducation des parents, l’âge gestationnel, le poids de naissance ou le tabagisme maternel. Aucun lien n’a été observé entre césarienne (planifiée ou non) et d’autres cancers de l’enfant, comme les tumeurs cérébrales ou les lymphomes.
Les chercheurs avancent l’hypothèse que le microbiote (l’ensemble des micro-organismes vivant dans et sur le corps humain) joue un rôle clé dans ce lien. Lors d’un accouchement par voie basse ou d’une césarienne d’urgence, le bébé est exposé aux bactéries vaginales et intestinales de sa mère, ce qui favorise le développement de son système immunitaire. En revanche, une césarienne planifiée empêche cette exposition précoce. Le nouveau-né est alors colonisé par des bactéries d’origine environnementale ou hospitalière, ce qui pourrait perturber la maturation de son système immunitaire. Christina-Evmorfia Kampitsi, co-autrice de l’étude, explique que cette altération précoce pourrait entraîner des réactions inappropriées du système immunitaire, favorisant le développement de cellules anormales à l’origine de cancers comme la LAL. Un autre facteur évoqué est l’absence de stress physiologique lié aux contractions et au passage dans le canal vaginal, qui joue un rôle dans la maturation des fonctions immunitaires et métaboliques.
L’excès de risque de LAL associé aux césariennes planifiées est modeste mais statistiquement significatif. Pour un enfant donné, le risque reste très faible, mais à l’échelle d’une population, cet excès devient mesurable. Le professeur Giorgio Tettamanti, co-auteur de l’étude, souligne qu’il faut plusieurs centaines de milliers de césariennes pour observer une élévation statistiquement significative du nombre de cas de LAL. Certaines sous-analyses de l’étude n’atteignent pas le seuil de significativité statistique (fixé à 95 %), mais la convergence avec d’autres travaux internationaux renforce la crédibilité de l’association observée. Les auteurs insistent sur le fait que ces résultats ne remettent pas en cause l’utilité médicale des césariennes, mais questionnent leur usage non justifié par des raisons médicales.
Cette étude s’inscrit dans une prise de conscience plus large des impacts à long terme des conditions de naissance. D’autres recherches ont déjà établi des liens entre les césariennes planifiées et un risque accru d’asthme, d’allergies ou de diabète de type 1. L’ajout d’un risque de leucémie, même faible, souligne l’importance de réévaluer les indications non médicales de cette intervention. Les auteurs espèrent que ces résultats encourageront des études internationales complémentaires pour mieux comprendre les mécanismes en jeu. Ils soulignent également que ces travaux contribuent à une meilleure compréhension des origines possibles de la LAL, en montrant que les premières heures de vie peuvent influencer durablement le développement du système immunitaire. En Suède, près d’un enfant sur six naît aujourd’hui par césarienne, dont une part importante est programmée sans urgence médicale.
Les chercheurs ne remettent pas en cause l’utilité des césariennes lorsqu’elles sont médicalement nécessaires, mais ils alertent sur les **césariennes de convenance**, pratiquées sans nécessité clinique. Christina-Evmorfia Kampitsi précise que ces résultats invitent à repenser collectivement ce qui relève du confort et ce qui relève de la prévention en matière d’accouchement. L’étude souligne l’importance d’une réflexion plus exigeante sur les indications des césariennes programmées, afin de limiter les risques potentiels pour la santé à long terme des enfants. Les auteurs appellent à une utilisation plus prudente de cette intervention, en pesant soigneusement les bénéfices et les risques pour chaque patient.

