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Société

Les bactéries grouillant dans votre bouche pourraient vous rendre plus intelligent

Slate FR · mis à jour il y a 16 j

Certaines bactéries qui ont élu domicile sur notre langue pourraient contribuer au fonctionnement de notre matière grise. Elles favoriseraient notamment la circulation sanguine vers le cerveau..

Bactéries et cerveau

Notre cerveau fonctionne grâce à des milliards de neurones qui échangent des messages chimiques et électriques. Cependant, une étude récente publiée début octobre 2026 dans la revue PLOS One suggère que d’autres éléments, comme les bactéries présentes dans notre bouche, pourraient jouer un rôle dans nos performances cognitives. Ces micro-organismes, appelés microbiote buccal, ne se contentent pas de vivre dans notre cavité buccale : ils pourraient influencer indirectement notre matière grise, c’est-à-dire la partie du cerveau responsable de la pensée, de la mémoire et des fonctions exécutives. Les chercheurs ont découvert que certaines bactéries transforment les nitrates, des composés présents dans des aliments comme la betterave, en nitrites. Ces nitrites sont ensuite convertis par le corps en oxyde nitrique, une molécule qui améliore la circulation sanguine, y compris vers le cerveau. Ainsi, en facilitant l’apport en oxygène et en nutriments, ces bactéries pourraient contribuer à optimiser le fonctionnement cérébral.

Étude britannique et belge

Pour explorer ce lien entre microbiote buccal et cognition, Joanna L’Heureux, biologiste à l’université d’Exeter en Angleterre, a mené une étude impliquant des participants adultes en Angleterre et en Belgique. Les chercheurs ont prélevé des échantillons de salive et de sang pour identifier les espèces bactériennes présentes dans la bouche des participants. Ils ont ensuite mesuré la quantité de nitrates et de nitrites dans le plasma sanguin, c’est-à-dire la partie liquide du sang. L’objectif était de comprendre si ces composés, transformés par les bactéries, pouvaient avoir un impact sur les performances cognitives. Les résultats montrent que le microbiote buccal varie selon les régions géographiques, ce qui pourrait expliquer des différences dans les effets observés. Par exemple, en Belgique, la bactérie Haemophilus parainfluenzae est associée à un temps de réaction plus rapide, tandis qu’au Royaume-Uni, cette même bactérie semble ralentir ce temps. Ces variations soulignent la complexité des interactions entre microbiote et cognition.

Âge et nitrites

L’étude a également révélé que les jeunes adultes présentent des taux de nitrites plus élevés que les personnes âgées. Cela pourrait s’expliquer par des changements dans la composition du microbiote buccal avec l’âge. Cependant, les chercheurs précisent que l’âge reste le principal facteur influençant les performances cognitives : avec le vieillissement, la précision des réponses et les capacités cognitives diminuent généralement, tandis que le temps de réaction s’allonge. Les nitrites, bien que potentiellement bénéfiques, ne semblent pas compenser totalement ces effets liés à l’âge. Les analyses montrent que le lien entre les taux de nitrates et de nitrites et les performances cognitives reste faible, même si certaines bactéries pourraient avoir un impact positif sur la matière grise. Les chercheurs estiment que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces hypothèses et comprendre les mécanismes en jeu.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ces découvertes, les chercheurs soulignent plusieurs limites à leurs travaux. D’abord, il est difficile de déterminer si les schémas microbiens observés sont reproductibles dans d’autres populations géographiquement distinctes. Ensuite, les résultats varient selon les pays, ce qui rend les conclusions moins universelles. Enfin, les chercheurs ne peuvent pas affirmer avec certitude que les bactéries buccales influencent directement la cognition. Les effets observés pourraient être indirects ou liés à d’autres facteurs non mesurés dans cette étude. Par exemple, l’alimentation, le mode de vie ou l’environnement pourraient aussi jouer un rôle. Les chercheurs appellent donc à des études plus approfondies pour valider ces résultats et explorer d’autres pistes, comme l’impact potentiel des bactéries sur des fonctions spécifiques du cerveau, comme l’attention ou la mémoire.

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