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Culture

Marie Curie, l’institutrice Sklodowska

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 23 j

En 1887, Maria Skłodowska n’est pas encore Marie Curie. Dans la Pologne des tsars, l’université lui est fermée.

Jeune femme polonaise

En 1887, Maria Skłodowska, future Marie Curie, a 20 ans et vit dans un petit hameau polonais nommé Szczuki. Elle a quitté Varsovie, sa ville natale, pour travailler comme institutrice afin de financer les études de sa sœur Bronia à Paris. Issue d’une famille d’intellectuels polonais, Maria est imprégnée par le positivisme polonais, un mouvement qui prône l’éducation des femmes et l’accès égal aux sciences pour tous. Son père, Wladyslaw, est professeur de mathématiques et opposant au régime tsariste russe, ce qui limite ses possibilités d’emploi. Maria porte une robe noire, symbole de deuil depuis la mort de sa mère, Bronislawa, directrice d’école privée, décédée de tuberculose quand Maria avait onze ans. Malgré les difficultés, elle reste déterminée à étudier et à s’émanciper.

Contexte politique

En 1887, la Pologne est sous domination russe, intégrée à l’Empire des tsars. Les écoles polonaises sont contraintes d’enseigner en russe, mais à la maison, la famille Skłodowska parle polonais, une langue considérée comme un acte de résistance. Les universités polonaises refusent d’accueillir les femmes, ce qui pousse Maria et sa sœur Bronia à envisager de partir étudier en France, pays perçu comme un havre de liberté pour les exilés polonais. Le positivisme polonais, mouvement intellectuel de Varsovie, milite pour l’éducation des femmes et l’accès aux sciences, ce qui influence profondément la vision de Maria. Elle voit dans l’instruction un moyen de résister à l’oppression russe et de renforcer l’identité nationale polonaise.

Pacte familial

Maria et sa sœur Bronia concluent un accord décisif pour leurs études : Bronia part étudier la médecine à Paris, tandis que Maria reste en Pologne pour travailler et financer ses études. L’objectif est que Bronia, une fois diplômée, puisse à son tour accueillir Maria en France. Pendant ce temps, Maria devient gouvernante pour les trois filles d’un agronome, le père Zorawski, dans le domaine de Szczuki. Elle donne des leçons de lecture et d’écriture en polonais, une langue interdite dans les écoles officielles. Pour 500 roubles par an, elle enseigne également aux enfants de paysans des environs, deux heures par jour, dans une pièce improvisée en salle de classe. Ce travail lui permet de financer ses études futures tout en restant fidèle à ses convictions.

Résistance par l'éducation

Enseigner en polonais dans un contexte où cette langue est réprimée par les autorités russes est un acte de résistance politique. Maria prend des risques : si elle est surprise, elle risque la prison ou l’exil en Sibérie. Pourtant, elle organise des cours pour les enfants de paysans, achetant elle-même les cahiers et les plumes. Pour elle, l’instruction est un combat politique et social. Elle croit que l’éducation du peuple polonais permettra de renforcer la nation et de résister à l’oppression russe. Ces années en Pologne, marquées par la précarité et l’isolement, forgent sa détermination. Elle expérimente sur le terrain les idées du positivisme polonais, qui prônent l’émancipation par le savoir.

Ce que ça pourrait changer

Après un bref retour à Varsovie, Maria rejoint enfin sa sœur Bronia à Paris en 1891. Elle s’inscrit à la faculté des sciences de la Sorbonne et en sort diplômée en physique deux ans plus tard, en 1893. Sa carrière scientifique se déroule désormais en France, où elle rencontre Pierre Curie, avec qui elle collaborera sur des recherches majeures. Cependant, les années passées en Pologne restent fondamentales dans sa construction intellectuelle. C’est là qu’elle forge sa vision de la science comme outil d’émancipation et de résistance. En 1898, lorsqu’elle découvre le premier élément radioactif, elle choisit de le nommer *polonium* en hommage à sa terre natale, la Pologne.

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