Les producteurs de framboises innovent pour s’adapter aux changements climatiques
Des producteurs de framboises pèsent sur l'accélérateur en matière d'innovation et de technologie..
Les producteurs de framboises au Québec font face à des défis croissants en raison des changements climatiques, qui multiplient les événements météorologiques extrêmes comme les ouragans ou les averses intenses. Ces aléas perturbent les cultures traditionnelles, plantées directement dans le sol, et menacent la rentabilité des exploitations. Pour limiter ces risques, certains agriculteurs adoptent des techniques innovantes, comme la culture hors-sol ou l’utilisation de tunnels. Ces méthodes permettent de mieux contrôler l’environnement des plants, par exemple en remplaçant la terre par de la fibre de coco, un substrat riche en nutriments qui favorise la croissance des framboisiers. Cette fibre, équivalente à un soluté pour les plantes, est arrosée d’un mélange nutritif adapté à leurs besoins. Ces innovations, bien que coûteuses, offrent des avantages majeurs : réduction des pertes, diversification des variétés cultivées et accès à des marchés plus exigeants, comme les supermarchés.
Deux modèles de production coexistent au Québec : celui des grandes exploitations industrielles, comme la Ferme François et Lise Méthot à Lévis, et celui des petits producteurs, comme la Ferme à Frédérique. Le premier modèle mise sur des investissements lourds, comme des serres semi-ouvertes (tunnels) et des systèmes hors-sol, pour atteindre une production de masse et des variétés adaptées aux standards des supermarchés. Ces techniques, bien que performantes, représentent un coût important : Vincent Méthot, propriétaire de la Ferme François et Lise Méthot, indique avoir dû abandonner les cultures en pleine terre pour adopter le hors-sol en 2007. À l’inverse, les petits producteurs comme Richard Méthot, qui cultive pour l’autocueillette, peinent à rentabiliser ces innovations. En 2011, l’ouragan Irene a détruit ses installations, le forçant à abandonner le hors-sol faute de subventions suffisantes. Ces disparités soulignent les inégalités d’accès à l’innovation selon la taille des exploitations.
L’Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec (APFFQ) joue un rôle central dans la promotion de l’innovation. Selon sa présidente, Josiane Cormier, plus de 50 % des framboises québécoises sont désormais produites grâce à des techniques innovantes. L’APFFQ encourage les producteurs à se former et à observer les pratiques à l’étranger pour les adapter au contexte québécois, où les normes sociales et environnementales sont strictes. Cependant, la compétition avec des pays moins régulés, comme ceux d’Amérique latine, rend la performance économique indispensable. Face aux défis climatiques et aux coûts élevés, l’Association plaide pour un soutien gouvernemental accru, notamment via des fonds dédiés à la recherche et au développement. L’objectif est de rendre ces technologies accessibles aux petits producteurs, bien que leur adoption reste pour l’instant plus facile pour les grandes exploitations.
Malgré les avancées, les producteurs québécois restent confrontés à des obstacles majeurs. Les événements climatiques extrêmes, comme les ouragans ou les canicules, causent des pertes financières et morales importantes. Les petits producteurs, en particulier, peinent à suivre le rythme des innovations en raison de leur taille et de leurs ressources limitées. Richard Méthot, par exemple, n’exclut pas de retenter l’expérience hors-sol si les conditions économiques s’améliorent, mais souligne que l’accès à des réseaux de distribution étendus est indispensable pour rentabiliser de tels investissements. Pour l’APFFQ, la solution passe par une meilleure répartition des aides publiques et une collaboration accrue entre les acteurs du secteur. L’enjeu est double : concilier performance économique et résilience face au climat, tout en préservant la diversité des exploitations.

