L’absentéisme monte en flèche chez le personnel de soutien dans les écoles
Les congés de maladie, d'invalidité et les lésions professionnelles ont bondi en cinq ans..
Entre 2020 et 2025, le nombre de jours d'arrêt de travail reconnus par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour le personnel de soutien scolaire au Québec a doublé. Cette catégorie inclut les éducatrices en service de garde, les techniciennes en éducation spécialisée (TES), les aides à la classe, les secrétaires d'école et les concierges. Le nombre de jours de congé maladie a presque doublé sur la même période, tandis que les congés pour invalidité ont augmenté de près de 40 %. Cette hausse dépasse largement la croissance des effectifs, qui n'est que de 11 %. Ces chiffres proviennent de données compilées par la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) et confirmées par Radio-Canada, couvrant les 72 centres et commissions scolaires de la province.
Selon la FPSS-CSQ, la surcharge de travail et l'augmentation de la violence, à la fois verbale et physique, dans les écoles sont les principales causes de cette hausse de l'absentéisme. Éric Pronovost, président de la FPSS-CSQ, souligne que les listes de remplacement sont vides, rendant difficile la gestion des absences. La Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE) confirme cette situation, indiquant que les listes de rappel sont également épuisées. Cette instabilité affecte la qualité des services offerts aux élèves. Par ailleurs, le gel d'embauche imposé depuis 2024 par le gouvernement du Québec empêche les écoles d'embaucher du personnel de soutien administratif, aggravant ainsi le problème.
Les congés de maladie surviennent de plus en plus tôt dans l'année. Annie Charland, présidente du secteur soutien scolaire de la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP-CSN), explique que les employés tombent malades avant Noël, voire dès fin septembre ou octobre, alors qu'ils étaient auparavant en surcharge plutôt à la fin de l'année scolaire. Les risques psychosociaux, comme une faible reconnaissance, des conditions de travail précaires et un manque de soutien, sont également pointés du doigt. Le professeur Simon Viviers, de l'Université Laval, précise que ces arrêts de travail reflètent un dysfonctionnement plus large du milieu éducatif, où le personnel de soutien est particulièrement exposé à la violence physique et à des risques psychosociaux.
Un appel lancé par Radio-Canada sur les réseaux sociaux a permis de recueillir des témoignages d'éducatrices en service de garde. Une quarantaine d'entre elles, issues de différentes régions du Québec, ont partagé des expériences de violence, d'épuisement et de détresse. Rose, une éducatrice en service de garde et aide à la classe à Québec, raconte avoir subi une agression physique grave au printemps dernier : un élève lui a lancé un bloc de glace sur la tête, causant une entorse cervico-dorsale et une commotion cérébrale. Ces incidents ont conduit à une indemnisation par la CNESST, dont le nombre a doublé en cinq ans. Les éducatrices soulignent aussi la difficulté à gérer des enfants présentant des troubles de comportement sévères, souvent faute de services professionnels adaptés.
Le personnel de soutien scolaire au Québec compte environ 110 000 employés, majoritairement représentés par trois centrales syndicales : la CSQ, la CSN et la FTQ. Le professeur Simon Viviers, directeur du *Centre de recherche et d'intervention sur l'éducation et la vie au travail* (CRIEVAT), souligne que ces chiffres reflètent un problème structurel dans le milieu éducatif. Les données officielles, fournies par le ministère de l'Éducation, ne permettent pas de distinguer les catégories d'emploi les plus touchées, mais les témoignages recueillis mettent en lumière des conditions de travail difficiles pour l'ensemble du personnel de soutien, qu'il soit en contact direct avec les élèves ou non.

