L’Allemagne et cinq autres pays européens appellent à taxer (à nouveau) les superprofits du pétrole
Grandes gagnantes de la crise énergétique, les entreprises pétrolières doivent mettre la main à la poche pour “alléger le poids qui pèse sur les épaules du grand public”, estiment les ministres des Finances allemand, italien, espagnol, polonais, autrichien et portugais. Dans une lettre ouverte très commentée par la presse d’outre-Rhin, ils appellent à taxer à nouveau les profits exceptionnels de ces sociétés..
Six pays européens, dont l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Pologne, l'Autriche et le Portugal, ont signé une lettre commune le 21 août 2024 pour demander une taxation accrue des superprofits des entreprises du secteur pétrolier. Ces bénéfices exceptionnels sont générés grâce à la hausse des prix du pétrole, elle-même liée à la guerre au Moyen-Orient. L'objectif est de mettre en place une approche européenne commune pour redistribuer une partie de ces profits, jugés excessifs, vers les États ou les citoyens. Cette initiative vise à atténuer les conséquences économiques de la crise énergétique pour les ménages et les entreprises. L'Allemagne, sous la présidence tournante de l'Union européenne assurée par l'Irlande, a joué un rôle central dans cette démarche, bien que le débat reste vif au sein du gouvernement allemand dirigé par le chancelier conservateur Friedrich Merz.
En Allemagne, la coalition gouvernementale, composée de conservateurs chrétiens-démocrates (CDU/CSU) et de sociaux-démocrates (SPD), est divisée sur la question de la taxation des superprofits. Le ministre des Finances allemand, Lars Klingbeil (SPD), a proposé cette initiative européenne pour convaincre ses partenaires conservateurs d'envisager une telle taxation. Selon Der Spiegel, il a obtenu leur accord à condition que cette mesure s'inscrive dans un cadre plus large au niveau européen. Jusqu'à présent, la coalition n'a réussi à se mettre d'accord que sur des mesures moins contraignantes, comme une surveillance accrue des entreprises pétrolières et une régulation des prix à la pompe. Ce débat illustre les tensions internes au gouvernement allemand sur la gestion de la crise énergétique.
Les superprofits désignent les bénéfices exceptionnellement élevés réalisés par les entreprises lorsque les prix de leurs produits augmentent fortement, sans que cela soit lié à une amélioration de leur productivité ou de leur efficacité. Dans le cas du pétrole, ces profits sont directement liés à la hausse des cours mondiaux, elle-même causée par des tensions géopolitiques, comme la guerre au Moyen-Orient. Selon les données citées dans l'article, ces entreprises ont enregistré des bénéfices de 93 milliards de dollars. La taxation de ces superprofits vise à récupérer une partie de ces sommes pour financer des mesures sociales ou énergétiques, comme des aides aux ménages ou des subventions pour les énergies renouvelables. Cette idée n'est pas nouvelle en Europe, où plusieurs pays ont déjà mis en place des taxes similaires lors de crises précédentes.
L'Irlande assure actuellement la présidence tournante de l'Union européenne, un rôle qui consiste à organiser et à animer les travaux des institutions européennes pendant six mois. C'est dans ce cadre que les six pays signataires de la lettre ont choisi de s'adresser à Dublin pour promouvoir leur initiative. La présidence irlandaise a pour mission de faciliter les négociations entre les États membres et de faire avancer les dossiers prioritaires. En proposant cette taxation des superprofits, les six pays espèrent obtenir un soutien suffisant pour que la mesure soit adoptée au niveau européen. Cependant, l'adoption d'une telle taxe nécessite l'unanimité des 27 États membres, ce qui rend le processus complexe et incertain.
L'adoption d'une taxation européenne des *superprofits* du pétrole se heurte à plusieurs obstacles. D'abord, l'unanimité des États membres est requise, ce qui signifie que chaque pays doit donner son accord. Ensuite, certains pays pourraient s'opposer à cette mesure, craignant qu'elle ne décourage les investissements dans le secteur énergétique ou qu'elle ne crée des distorsions de concurrence. Enfin, la mise en œuvre d'une telle taxe nécessite des mécanismes de contrôle stricts pour éviter les contournements, comme le transfert des bénéfices vers des filiales situées dans des pays moins taxateurs. Malgré ces défis, les six pays signataires restent déterminés à faire avancer leur proposition, dans l'espoir de trouver un compromis qui permettrait de mieux répartir les richesses générées par la crise pétrolière.

