NapseflowNapseflow
Culture

Barbara, le grenier avant la scène

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 17 j

En 1950, Monique Serf a 20 ans. Un an après la fuite de son père, la jeune fille quitte Paris et rejoint la Belgique pour devenir pianiste-chanteuse.

Monique Serf en 1950

En 1950, Monique Serf, une jeune femme de 20 ans, se retrouve sans ressources à Bruxelles après avoir fui Paris. Elle a quitté la capitale française pour tenter de devenir pianiste-chanteuse, mais son père, Jacques Serf, a quitté le foyer familial un an plus tôt après lui avoir fait subir des violences sexuelles. Sans emploi, sans argent et sans papiers d’identité, Monique erre dans les rues de Bruxelles, cherchant désespérément une place dans un cabaret pour survivre. Elle doute de sa vocation et envisage même d’envoyer un télégramme à sa mère, Esther, qui vit à Paris avec son frère et sa sœur, mais elle ne sait comment lui raconter ses échecs, ses privations et sa prostitution occasionnelle.

Rencontre décisive à Bruxelles

Un jour, Monique rencontre Peggy, une jeune comédienne issue du conservatoire, qui lui conseille de se rendre à Charleroi, une ville industrielle du sud de la Belgique. Peggy lui parle d’un grenier appelé La Mansarde, situé au-dessus d’un dancing réputé, où des amis à elle se produisent. Monique accepte l’idée et quitte Bruxelles après avoir parcouru 60 kilomètres en auto-stop. À son arrivée, elle s’évanouit d’épuisement. Elle se présente sous le surnom de Barbara, inspiré par Varvara, une aïeule moldave, et par le poème Barbara de Jacques Prévert, publié quelques années plus tôt. Son apparence est marquée par une jupe noire, des ballerines noires et des lunettes noires, reflétant à la fois sa détermination et sa précarité.

Vie dans le grenier de Charleroi

À Charleroi, Barbara est accueillie par une bande de musiciens et d’artistes qui deviennent une famille de substitution pour elle. Chaque dimanche après-midi, elle chante devant un public d’une cinquantaine de personnes, assises sur des caisses de bois. La scène est improvisée, avec des cages à poules servant de décor. Pour Barbara, l’essentiel est la présence d’un piano au fond du grenier, sur lequel elle peut enfin jouer à nouveau. Malgré la fermeture de La Mansarde, la bande ne se décourage pas et aménage un garage pour continuer les représentations. Ce nouvel espace s’appelle Le Vent vert, et c’est là que Barbara retrouve peu à peu l’envie de vivre.

Ce que ça pourrait changer

Après un bref passage dans une cave à Bruxelles, Barbara décide de retourner à Paris, où sa famille lui manque. Sans papiers d’identité, elle doit franchir la frontière belge avec l’aide d’un homme, qui deviendra plus tard le dédicataire de sa chanson *Mr Victor*. Elle ne connaîtra le succès qu’à la fin des années 1950, après des années de lutte pour s’imposer dans les cabarets parisiens. Barbara, de son vrai nom Monique Serf, restera discrète sur sa période bruxelloise et prétendra même n’avoir pas de passé. Pourtant, ses chansons, comme *Nantes* ou *Mr Victor*, porteront en elles les traces de ses souffrances et de son parcours chaotique, offrant un aperçu de la jeune femme qu’elle était à 20 ans.

Sujets complémentaires