Niveau scolaire, inégalité
Ce mardi matin, 11,6 millions d’élèves et plus d’un million de personnels de l’Éducation nationale s'apprêtent à vivre leur dernière rentrée sous la présidence d’Emmanuel Macron. Après dix ans de réformes, quel bilan tirer de ces politiques éducatives et quels défis pour le prochain quinquennat ?.
Mardi 1er septembre 2026 marque la dernière rentrée scolaire sous la présidence d'Emmanuel Macron, après dix ans de réformes éducatives. Ce jour-là, 11,6 millions d'élèves et plus d'un million de personnels de l'Éducation nationale reprennent le chemin des établissements. Cette rentrée s'inscrit dans un contexte électoral tendu, l'école devenant un enjeu central de la campagne pour l'élection présidentielle de 2027. Le bilan de ces politiques éducatives sera donc scruté à la loupe, notamment pour évaluer leur impact sur le niveau scolaire, les inégalités et l'usage des écrans en milieu éducatif. Les débats portent aussi sur les défis persistants, comme la réduction des écarts de performance entre les élèves selon leur origine sociale ou géographique.
Depuis 2017, le gouvernement Macron a mené plusieurs réformes majeures dans le système éducatif français. Parmi les mesures phares, on retrouve la réforme du lycée professionnel, la suppression des filières au lycée général (remplacées par des spécialités), ou encore le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les réseaux d'éducation prioritaire pour lutter contre les inégalités. Ces changements visaient à améliorer l'égalité des chances et à adapter l'école aux besoins du marché du travail. Cependant, leur efficacité reste débattue, notamment en raison de leur mise en œuvre parfois chaotique ou de leur impact inégal selon les territoires. Les critiques soulignent aussi le manque de moyens alloués pour accompagner ces réformes, comme le recrutement insuffisant d'enseignants ou de personnels administratifs.
L'un des principaux défis de la politique éducative de Macron a été de lutter contre la baisse du niveau scolaire et les inégalités persistantes. Les études internationales, comme celles de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques), montrent que la France reste en dessous de la moyenne des pays riches en termes de compétences des élèves, notamment en mathématiques et en compréhension de l'écrit. Les inégalités sociales jouent un rôle majeur : un enfant issu d'un milieu défavorisé a environ trois fois plus de risques d'obtenir des résultats faibles qu'un enfant issu d'un milieu favorisé. Les réformes ont tenté de répondre à ce problème, mais leur impact reste limité, en partie à cause de la persistance de facteurs structurels comme la ségrégation scolaire ou le manque de mixité sociale dans les établissements.
La question des écrans, qu'ils soient utilisés comme outils pédagogiques ou comme sources de distraction, a pris une place centrale dans les débats éducatifs. Le gouvernement a encouragé le développement du numérique à l'école, notamment via des plateformes comme Ma classe à la maison pendant la crise du Covid-19, ou des investissements dans les équipements numériques. Cependant, cette politique soulève des interrogations sur son efficacité réelle. Les études montrent que l'usage excessif des écrans peut nuire à la concentration et aux résultats scolaires, tandis que leur utilisation encadrée pourrait, à l'inverse, favoriser l'autonomie et l'accès à des ressources pédagogiques innovantes. Les experts soulignent la nécessité d'un équilibre entre innovation technologique et préservation des méthodes traditionnelles d'apprentissage.
Deux experts ont été invités à analyser ces politiques éducatives : Xavier Jaravel, économiste à la London School of Economics et président délégué du Conseil d'Analyse Économique, ainsi que Marie-Caroline Missir, directrice générale du réseau Canopée (2020-2025) et déléguée générale du think tank Vers le Haut. Jaravel apporte une analyse économique des réformes, en évaluant leur coût et leur retour sur investissement pour la société. Missir, quant à elle, représente une approche pédagogique et sociale, en mettant l'accent sur les enjeux d'inclusion et d'innovation éducative. Leur discussion permet de croiser les regards sur les succès et les limites des politiques menées, tout en ouvrant des pistes pour l'avenir, notamment sur la formation des enseignants et l'adaptation aux nouveaux défis sociétaux.
Alors que la fin du mandat de Macron approche, les défis pour l'éducation restent nombreux. Parmi eux, la réduction des inégalités territoriales, qui se creusent entre les académies, ou encore la lutte contre le décrochage scolaire, qui touche environ 80 000 jeunes par an en France. Un autre enjeu majeur est la formation continue des enseignants, souvent pointée du doigt pour son manque de cohérence et son inadéquation avec les besoins réels des classes. Enfin, la question des écrans et du numérique devra être repensée, avec une approche plus équilibrée entre innovation et préservation du lien humain. Le prochain gouvernement devra aussi répondre à l'attente croissante des parents et des élèves en matière de bien-être à l'école, un sujet qui a pris de l'ampleur depuis la crise sanitaire.

