La Peste : l’Europe face à la mort 12/12 : La peste de l’animal aux humains : un inquiétant précédent ?
Jean-Noël Jeanneney reçoit Frédérique Audouin-Rouzeau, alias Fred Vargas, chercheuse au CNRS, pour aborder la question de la transmission de la peste entre l'animal et l'homme depuis l'Antiquité jusqu'aux Temps modernes..
La peste est une maladie causée par une bactérie appelée Yersinia pestis, identifiée en 1894 par le scientifique français Alexandre Yersin lors d’une épidémie à Hong Kong. Cette bactérie se transmet principalement des animaux aux humains, un phénomène appelé zoonose. Avant cette découverte, les causes de la peste restaient mystérieuses pendant des siècles, malgré les ravages qu’elle causait en Europe, notamment lors de la Peste noire de 1348 ou de l’épidémie de Marseille en 1720. La compréhension de ce mécanisme de transmission a marqué une avancée majeure dans l’histoire de la médecine, révélant que des maladies mortelles pouvaient émerger de réservoirs animaux avant de frapper les populations humaines.
Quatre ans après la découverte de Yersinia pestis, en 1898, le chercheur français Paul-Louis Simond a démontré que la transmission de la peste aux humains passait par un intermédiaire : la puce du rat. Ces insectes, en piquant d’abord un rat infecté, ingèrent la bactérie avant de la transmettre à un humain lors d’une nouvelle piqûre. Ce processus illustre comment un micro-organisme peut franchir la barrière entre espèces, un mécanisme aujourd’hui bien documenté dans l’étude des épidémies. Les rats, porteurs sains de la bactérie, jouaient ainsi un rôle central dans la propagation de la maladie, expliquant pourquoi les épidémies de peste survenaient souvent dans des zones urbaines densément peuplées, où ces rongeurs proliféraient.
La peste a marqué l’histoire européenne par des vagues dévastatrices, comme la Peste noire du XIVe siècle, qui aurait tué entre 30 % et 60 % de la population du continent, soit entre 25 et 50 millions de personnes. D’autres épidémies, comme celle de Marseille en 1720, ont également causé des centaines de milliers de morts. Ces catastrophes sanitaires ont profondément influencé les sociétés, modifiant les structures économiques, sociales et religieuses. L’absence de compréhension des causes de la maladie avant le XIXe siècle aggravait l’impact des épidémies, les populations étant incapables de se protéger efficacement.
La découverte du rôle des puces et des rats dans la transmission de la peste a été une victoire pour la science, mais elle a aussi soulevé des questions sur d’autres maladies potentiellement transmissibles de la même manière. Cette prise de conscience a nourri des craintes quant à l’émergence de nouvelles épidémies, notamment celles causées par des micro-organismes encore inconnus. Frédérique Audouin-Rouzeau, historienne et romancière, souligne dans l’émission que cette histoire illustre comment la science peut à la fois résoudre des énigmes du passé et révéler des risques futurs, alimentant ainsi une vigilance accrue face aux zoonoses.
Deux scientifiques français ont joué un rôle décisif dans la compréhension de la peste : Alexandre Yersin, qui a identifié la bactérie Yersinia pestis en 1894, et Paul-Louis Simond, qui a prouvé en 1898 que la transmission passait par les puces des rats. Leurs travaux ont permis de lever le voile sur un mystère médical vieux de plusieurs siècles. Frédérique Audouin-Rouzeau, historienne et autrice de romans policiers sous le pseudonyme de Fred Vargas, a également contribué à populariser ces découvertes en les reliant à des enjeux contemporains, notamment dans ses œuvres de fiction.
L’étude de la peste offre des leçons pour les épidémiologistes modernes, qui surveillent activement les zoonoses, ces maladies transmises des animaux aux humains. Bien que la peste soit aujourd’hui rare grâce aux antibiotiques, son histoire rappelle que des pathogènes peuvent émerger de manière inattendue et causer des crises sanitaires majeures. Les recherches sur la peste ont ainsi posé les bases de la lutte contre d’autres épidémies, comme le VIH ou la COVID-19, en mettant en lumière l’importance de la collaboration entre histoire, archéologie et sciences médicales pour anticiper les risques futurs.

