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Culture

Quelle place pour la musique dans la pensée et la transmission du judaïsme? 2/2

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 4 j

L'enquête clandestine d'une ethnomusicologue en Hongrie soviétique..

Musique sous régime communiste

Dans les années 1970 et 1980, en Hongrie et en Tchécoslovaquie, les communautés juives maintenaient une vie religieuse malgré les régimes communistes qui contrôlaient étroitement leurs activités. Les synagogues de Budapest et de Prague restaient des lieux où la musique et la prière pouvaient s’exprimer, mais sous surveillance constante. Ces pratiques religieuses, bien que tolérées, étaient encadrées par des autorités qui limitaient leur liberté. Cette période illustre comment la musique juive a survécu dans un contexte politique oppressif, en servant de lien entre les générations et de résistance culturelle. Les communautés devaient adapter leurs traditions pour préserver leur identité tout en évitant les conflits avec le pouvoir en place.

Enquête ethnomusicologique secrète

En 1976, Judit Niran Frigyesi, une ethnomusicologue hongroise, mène une enquête clandestine sur les chants liturgiques des synagogues de Budapest. Initialement présentée comme une recherche scientifique, cette étude devient rapidement une quête personnelle et spirituelle. Frigyesi explore les synagogues clandestines de la ville, où elle observe des pratiques religieuses mêlant ferveur, mémoire et résistance. Son travail révèle que la prière juive ne se limite pas à des règles fixes, mais s’apparente à un art sensuel et spirituel, difficile à capturer ou à formaliser. Ce livre, intitulé Écrire sur l’eau, le son de la prière juive, publié en 2026, est une méditation sur la transmission de ces traditions face à l’oubli et à la disparition.

Rôle de la musique dans la transmission

La musique joue un rôle central dans la transmission du judaïsme, notamment dans la liturgie des synagogues. Elle sert de pont entre les générations et de support à la mémoire collective, surtout dans des contextes où la pratique religieuse est menacée. Dans les communautés ashkénazes, le chant de prière est un élément clé de l’identité juive, mêlant tradition orale et adaptation aux contraintes historiques. Les ethnomusicologues comme Frigyesi soulignent que ces chants ne sont pas de simples mélodies, mais des vecteurs de sens spirituel et culturel. Leur étude permet de comprendre comment des communautés ont préservé leur héritage malgré les persécutions ou les régimes autoritaires.

Contexte historique et géographique

L’étude se concentre sur deux pays d’Europe de l’Est : la Hongrie et la Tchécoslovaquie, sous domination soviétique entre les années 1970 et 1980. Ces régimes communistes imposaient une surveillance stricte des activités religieuses, y compris des pratiques musicales dans les synagogues. Malgré ces restrictions, certaines communautés juives ont continué à célébrer leurs rites, souvent de manière discrète. Budapest et Prague deviennent ainsi des symboles de résistance culturelle, où la musique juive a survécu comme un témoignage de la persistance identitaire. Ces exemples montrent comment l’art et la spiritualité peuvent défier l’oppression politique.

Méthodologie et défis de l’étude

Judit Frigyesi utilise une approche ethnomusicologique pour étudier les chants liturgiques juifs, combinant observations de terrain et analyse théorique. Son enquête révèle les difficultés à documenter ces pratiques, car elles échappent souvent aux méthodes traditionnelles de recherche. La prière juive, notamment dans les communautés ashkénazes, repose sur une transmission orale et une improvisation guidée par des règles non écrites. Frigyesi souligne que ces chants sont à la fois un héritage et une création continue, adaptés aux contextes historiques. Son travail met en lumière l’impossibilité de figer ces traditions dans des catégories rigides, car elles évoluent avec les communautés qui les portent.

Ce que ça pourrait changer

L’émission s’appuie sur les travaux de deux experts. Judit Niran Frigyesi, musicologue et ethnomusicologue israélienne d’origine hongroise, est professeure émérite à l’université Bar-Ilan. Ses recherches portent sur la musique liturgique juive et les cultures musicales non européennes. Alexandre Cerveux, musicologue français, est maître de conférences à Sorbonne Université et spécialiste de la liturgie et du chant de la synagogue. Ensemble, ils explorent les liens entre musique, spiritualité et résistance dans le judaïsme, en s’appuyant sur des archives sonores et des témoignages de terrain.

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