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À Okinawa, deux quotidiens locaux au cœur de la contestation de la présence des bases américaines

The Conversation France · mis à jour il y a 17 j

L’ESSENTIEL À Okinawa, au Japon, les deux grands quotidiens locaux se distinguent des médias nationaux par leur couverture critique de la présence militaire états-unienne. La presse locale contribue aux mobilisations contre les bases militaires, en fédérant des revendications diverses et en faisant émerger une conscience collective propre à l’archipel.

Presse locale vs nationale

À Okinawa, les deux grands quotidiens locaux, le Ryūkyū Shinpō et l’Okinawa Times, se distinguent des médias nationaux japonais par leur couverture critique de la présence des bases militaires américaines. Alors que les médias de Tokyo traitent ce sujet comme une question de sécurité nationale lointaine, les journaux d’Okinawa en font un enjeu central, reflétant les préoccupations quotidiennes des habitants. Cette divergence s’explique par la concentration de 70 % des bases américaines du Japon sur cet archipel, qui abrite seulement 1,2 % de la population japonaise. Les deux quotidiens couvrent régulièrement les nuisances liées aux bases, comme les violences commises par des militaires américains, des sujets souvent ignorés ou relégués en arrière-plan par les médias nationaux.

Histoire des deux journaux

Le Ryūkyū Shinpō, fondé en 1893, est le plus ancien quotidien d’Okinawa. Il a émergé à une époque où l’archipel, alors royaume indépendant des Ryūkyū, venait d’être rattaché au Japon en 1879. Le second grand titre, l’Okinawa Times, a été créé en 1948, après la Seconde Guerre mondiale, ce qui le distingue des autres grands journaux japonais dont les origines remontent à l’avant-guerre. Ces deux quotidiens partagent une ligne éditoriale pacifiste et critique envers la présence militaire américaine. Leur histoire est marquée par la mémoire de la guerre, notamment la bataille d’Okinawa de 1945, où l’archipel a subi des violences extrêmes. Cette mémoire les oppose au récit national dominant, qui met davantage l’accent sur les bombardements atomiques subis par le Japon en 1945.

Rôle dans les mobilisations

Les deux quotidiens locaux jouent un rôle actif dans les mouvements de contestation contre les bases militaires américaines, en fédérant des revendications variées et en construisant une conscience collective parmi les habitants d’Okinawa. Par exemple, en 1995, après le viol d’une fillette de 12 ans par trois militaires américains, les journaux ont progressivement élargi leur critique, passant de la dénonciation du crime à une remise en question plus large de la présence militaire et des relations entre le Japon et les États-Unis. Leur couverture médiatique a ainsi contribué à mobiliser la population et à amplifier les protestations, notamment lors d’événements marquants comme des accidents ou des actes de violence impliquant des soldats américains.

Mémoire historique partagée

La presse d’Okinawa transmet une mémoire historique distincte de celle des médias nationaux. Contrairement au 15 août, jour de commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale au Japon, le 23 juin célèbre la bataille d’Okinawa de 1945, marquant une continuité entre les violences de l’armée impériale japonaise et celles des militaires américains après 1945. Les deux quotidiens soulignent cette contradiction entre les principes pacifistes de la Constitution japonaise de 1946 et le poids des bases américaines à Okinawa, qui permet au Japon de maintenir ces principes. Cette approche contraste avec le récit national, qui présente le Japon comme une victime de la guerre, notamment à travers les bombardements atomiques.

Ce que ça pourrait changer

Jusqu’au milieu des années 1960, la presse locale d’Okinawa a subi une censure stricte de la part de l’administration militaire américaine, une expérience encore ancrée dans la mémoire des journalistes locaux. Cette période de contrôle contraste avec la situation des médias de Tokyo, libérés plus tôt de la censure imposée par les forces d’occupation américaines après 1945. Aujourd’hui, les deux quotidiens d’Okinawa continuent de jouer un rôle de surveillance critique envers les activités des bases, en publiant régulièrement des révélations sur leurs impacts négatifs sur la population locale. Leur ligne éditoriale reflète ainsi une volonté de défendre les intérêts des habitants face aux priorités stratégiques du gouvernement japonais.

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