Des souverainistes québécois prennent leurs distances avec les séparatistes de l’Alberta
L’Alberta utiliserait la menace du séparatisme comme moyen de pression dans ses négociations avec Ottawa..
Le 19 octobre 2026, la province de l’Alberta organise un référendum avec dix questions, dont la dernière porte sur son indépendance vis-à-vis du Canada. Les électeurs doivent choisir entre le maintien dans la Confédération ou l’engagement du gouvernement provincial à organiser un futur référendum contraignant sur la séparation. Le vote par anticipation a débuté le 14 octobre et se poursuit jusqu’au 19 octobre. Cette question rappelle celle posée au Québec en 1980 et 1995, où les Québécois avaient massivement rejeté l’idée de quitter le Canada. En 1980, 60% des électeurs avaient voté contre les négociations d’indépendance, et en 1995, le non l’avait emporté de justesse avec 50,58% des voix.
Les souverainistes québécois, comme Marie-Anne Alepin de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB), soulignent une différence majeure entre les mouvements séparatistes du Québec et de l’Alberta. Pour eux, le Québec cherche à préserver son identité culturelle et linguistique, menacée par l’assimilation, tandis que l’Alberta serait motivée par des enjeux économiques, notamment le contrôle de ses ressources pétrolières et gazières. Les Québécois rejettent les pipelines, symbole de dépendance, alors que les Albertains aspirent à une plus grande autonomie dans la gestion de leurs richesses naturelles. De plus, les souverainistes québécois associent souvent le séparatisme albertain à un courant libertarien et à une proximité avec les États-Unis, contrairement à leur propre vision sociale-démocrate.
Malgré ces divergences, certains séparatistes albertains, comme Cory Morgan (fondateur de l’Alberta Independence Party) ou l’avocat Jeffrey Rath, voient dans le Parti québécois (PQ) un allié potentiel. Ils estiment que l’indépendance de l’Alberta bénéficierait du soutien du gouvernement québécois élu en octobre 2026, dirigé par Paul St-Pierre Plamondon. Cependant, des figures québécoises comme Jean-François Lisée (ancien chef du PQ) ou Louise Harel (ministre lors du référendum de 1995) rejettent cette comparaison. Pour eux, les mouvements sont incompatibles : le Québec défend une nation unique en Amérique du Nord, tandis que l’Alberta chercherait avant tout à négocier une meilleure place au sein du Canada. Les sondages en Alberta donnent moins de 25% de soutien à l’indépendance, contre une division quasi parfaite au Québec en 1995.
Les souverainistes québécois, comme Daniel Turp (professeur de droit et ancien député), soulignent que le référendum albertain diffère de ceux du Québec par son approche. Au Québec, les questions portaient uniquement sur la souveraineté, mobilisant massivement la population pendant des semaines. En Alberta, le référendum comprend neuf autres questions, ce qui dilue l’attention sur l’indépendance. De plus, le taux de participation en Alberta devrait être bien inférieur à celui du Québec en 1995, où plus de 90% des électeurs s’étaient déplacés. Les souverainistes québécois, bien que reconnaissant le droit démocratique des Albertains à voter, estiment que leur mouvement reste ancré dans une lutte identitaire, contrairement à l’Alberta. Ils ne craignent pas que le résultat albertain influence significativement le futur référendum québécois.
Si l’Alberta vote *non* le 19 octobre, les souverainistes québécois, comme Louise Harel, estiment que cela ne remettra pas en cause leur propre projet. Cependant, une défaite du *oui* pourrait inspirer une approche différente en Alberta : négocier davantage d’autonomie avec Ottawa, à l’image du Québec. Daniel Turp suggère que l’Alberta pourrait organiser un second référendum dans le futur, comme cela a été le cas au Québec après 1980. Les souverainistes québécois restent donc attentifs, mais sans craindre une influence directe. Leur priorité reste la préparation de leur propre référendum, promis par le PQ, dans un contexte où l’identité culturelle et linguistique reste au cœur de leur combat.

