Donald Trump crie victoire au Groenland, mais l’accord révèle une profonde crise de confiance
L’ESSENTIEL Le nouvel accord de sécurité entre le Groenland et les États-Unis préserve la souveraineté du premier, mais renforce le contrôle stratégique du second dans l’Arctique. Donald Trump présente comme une victoire majeure des avantages dont Washington disposait déjà en grande partie.
Un nouvel accord de sécurité entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland a été signé en septembre 2026. Officiellement, il vise à renforcer la sécurité dans l'Arctique tout en préservant la souveraineté du Groenland et du Danemark. Les États-Unis obtiennent cependant des droits étendus, comme l'interdiction pour des pays non membres de l'OTAN d'y établir des bases militaires ou la nécessité d'un accord américain pour certains investissements sensibles. Cet accord intervient après des mois de tensions, notamment lorsque Donald Trump avait évoqué l'idée d'acheter ou d'annexer le Groenland en 2026. Les deux parties présentent l'accord comme une victoire, mais les détails montrent que les États-Unis renforcent leur influence stratégique dans la région.
Le Groenland et le Danemark conservent officiellement leur souveraineté et leur intégrité territoriale, comme le précise leur déclaration commune. Cependant, l'accord accorde aux États-Unis un contrôle indirect sur le territoire. Par exemple, Washington peut désormais décider quels investissements étrangers sont acceptables ou quels pays peuvent y installer des bases militaires. Cela rappelle la doctrine Monroe, une politique historique des États-Unis qui vise à empêcher toute ingérence d'une puissance extérieure dans les affaires du continent américain. Ici, cette doctrine est appliquée dans l'Arctique, où les États-Unis limitent l'accès à un territoire allié. Le Groenland conserve son drapeau et ses institutions, mais les décisions stratégiques majeures reviennent à Washington.
L'accord sur le Groenland illustre une crise de confiance croissante au sein de l'OTAN. Les États-Unis ont exercé des pressions sur le Danemark, un allié loyal, pour obtenir des concessions, plutôt que de négocier dans le cadre des mécanismes habituels de l'Alliance. Cette approche a érodé la confiance des autres membres européens, qui doutent désormais de la fiabilité des États-Unis comme partenaire de sécurité. Selon une enquête de Reuters, au moins huit pays membres, dont le Danemark, cherchent à réduire leur dépendance aux armes et technologies américaines. Cette situation affaiblit la crédibilité de l'article 5 du traité de l'OTAN, qui stipule qu'une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous. L'Alliance est préservée formellement, mais son unité politique est fragilisée.
La doctrine Monroe est une politique américaine du XIXe siècle qui s'oppose à toute ingérence d'une puissance extérieure dans les affaires du continent américain. En 2025, les États-Unis ont réaffirmé cette doctrine dans leur stratégie de sécurité nationale, l'étendant désormais à l'Arctique. L'accord avec le Groenland en est une application concrète : Washington contrôle indirectement l'accès à un territoire allié, tout en laissant officiellement la souveraineté à Copenhague. Cette approche permet aux États-Unis d'étendre leur influence sans annexer formellement le territoire. Historiquement, cette doctrine a déjà été appliquée au Groenland pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les États-Unis ont dissuadé le Royaume-Uni et le Canada d'occuper l'île pour éviter une invasion allemande. Aujourd'hui, cette stratégie est présentée comme une victoire, mais elle crée un précédent dangereux pour les relations entre alliés.
L'accord sur le Groenland intervient dans un contexte politique tendu pour Donald Trump. En septembre 2026, seulement 29 % des électeurs américains approuvaient sa gestion du conflit avec l'Iran, tandis que 65 % la désapprouvaient. Sa politique étrangère ne recueillait que 33 % d'opinions favorables. Face à ces critiques, Trump a présenté l'accord comme une victoire majeure, affirmant que ses menaces avaient permis aux États-Unis d'obtenir un avantage stratégique durable. Le jour même de l'annonce, des journalistes de CNN, MS NOW et Politico se sont vu retirer leur accréditation à la Maison Blanche, illustrant une tendance à restreindre la liberté de la presse. Ces éléments montrent que l'accord s'inscrit dans une stratégie plus large de consolidation du pouvoir intérieur et extérieur, au détriment des mécanismes démocratiques et de la confiance entre alliés.
Le Danemark et le Groenland ont obtenu des garanties importantes dans cet accord. Le Danemark a augmenté ses dépenses militaires de 7 milliards d'euros pour 2025-2026, dont 14,6 milliards de couronnes (près de 2 milliards d'euros) consacrés à la défense de l'Arctique en janvier 2026. Le Groenland conserve son droit à l'autodétermination et sa souveraineté, comme le souligne leur déclaration commune. Cependant, l'accord a été négocié sous la pression des États-Unis, qui ont menacé de s'emparer du territoire. Le Danemark, bien qu'allié loyal de l'OTAN, a dû accepter des concessions pour éviter un conflit direct. Cette situation a fragilisé la relation de confiance entre les deux pays et affaibli la cohésion de l'Alliance atlantique.

