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À l’heure d’Airbnb, qui sont les gagnants de la location de courte durée à La Rochelle ?

The Conversation France · mis à jour 1 août

L'ESSENTIEL Une étude analyse les revenus Airbnb réels et le revenu global des ménages qui louent leurs maisons à La Rochelle. 606 maisons louées sur Airbnb sont comparées à plus de 20 000 maisons non louées.

Étude sur Airbnb à La Rochelle

Une étude récente a analysé l’impact d’Airbnb sur les revenus des propriétaires de maisons à La Rochelle, en comparant 606 logements loués sur la plateforme à plus de 20 000 logements non loués. Les chercheurs ont croisé trois sources de données : les recettes de taxe de séjour de 2022, le cadastre décrivant chaque logement, et les données fiscales des ménages. L’objectif était de déterminer qui profite réellement de cette économie du partage, souvent présentée comme un moyen d’augmenter le pouvoir d’achat. Les résultats montrent que les revenus liés à Airbnb sont très inégalement répartis entre les ménages, avec des écarts marqués selon la richesse et la localisation des biens.

Propriétaires aisés avantagés

Les ménages qui louent leur maison sur Airbnb sont en moyenne plus aisés que ceux qui ne le font pas. Leur revenu disponible annuel s’élève à 52 015 €, contre 47 129 € pour les autres propriétaires. Ces ménages possèdent également des logements plus grands, avec une surface moyenne de 111 m², contre 99 m² pour les non-loueurs. Cependant, une fois sur la plateforme, la fréquence de location ne varie presque pas selon le revenu : les 10 % des ménages les plus modestes et les 10 % les plus aisés louent leur logement à peu près autant. Ce qui diffère, c’est le prix de location, qui peut atteindre jusqu’à 50 € de plus par nuit pour les ménages les plus riches. Cette différence s’explique par la localisation et la taille des biens, plus attractifs pour les touristes.

Inégalités renforcées

L’étude révèle qu’Airbnb ne crée pas de nouvelles inégalités, mais amplifie celles qui existent déjà. Les ménages aisés, déjà propriétaires de biens bien situés ou de grande taille, en tirent un revenu supplémentaire, souvent marginal par rapport à leur revenu global. En revanche, pour les ménages modestes, ces revenus peuvent représenter jusqu’à 30 % de leur revenu disponible annuel. Par exemple, un hôte médian gagne 3 623 € par an sur Airbnb, ce qui est significatif pour les plus pauvres mais négligeable pour les plus riches. La plateforme agit donc comme un accélérateur des écarts de patrimoine, en rendant rentables des différences de capital foncier préexistantes.

Rôle de filet de sécurité

Pour certains ménages modestes, la location sur Airbnb fonctionne comme un filet de sécurité financier. Ces ménages, souvent retraités, héritiers ou traversant une période de baisse de revenus, utilisent cette activité pour compléter leurs revenus. Par exemple, un ménage modeste peut gagner jusqu’à 30 % de son revenu annuel grâce à la location, ce qui lui permet de faire face à des contraintes budgétaires. Cette dynamique a également été observée dans d’autres pays, comme aux États-Unis, où des études qualitatives décrivent un usage similaire d’appoint pour les ménages en difficulté.

Régulation et enjeux

La régulation actuelle de la location courte durée en France, encadrée par la loi ELAN, limite la location d’une résidence principale à 120 jours par an. Cependant, cette règle ne distingue pas les profils des loueurs : elle s’applique aussi bien à un propriétaire louant sa maison quelques semaines par an qu’à un investisseur exploitant plusieurs biens à l’année, retirant ainsi des logements du marché résidentiel. L’étude suggère qu’une régulation plus fine serait nécessaire pour protéger les hôtes occasionnels tout en ciblant les loueurs professionnels. Elle propose également d’adapter la fiscalité pour taxer de manière progressive les revenus tirés d’Airbnb, en préservant l’appoint pour les ménages modestes.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude se concentre sur La Rochelle, une ville moyenne où la location occasionnelle de résidences principales est répandue. Les résultats pourraient différer dans des villes comme Paris, Saint-Malo ou Barcelone, où la location courte durée est souvent professionnalisée. Dans ces contextes, les inégalités entre simples habitants et détenteurs de portefeuilles immobiliers pourraient être encore plus marquées. Les auteurs soulignent l’importance de mesurer et d’évaluer ces dynamiques pour concevoir une fiscalité plus juste et moins aveugle aux inégalités de revenus. Cependant, l’étude ne couvre pas ces autres villes, laissant ouverte la question de l’ampleur des écarts dans des contextes urbains plus touristiques.

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