Alzheimer : quand aucun médicament ne fonctionne, il faudrait aider les autres pour ralentir son déclin cognitif
Avec l'âge, la mémoire perd peu à peu de sa vigueur, surtout chez les porteurs d'un certain variant génétique. Pourtant, une activité simple et gratuite pourrait freiner ce déclin.
Le variant génétique APOE ε4 est le facteur de risque héréditaire le plus puissant pour développer la maladie d’Alzheimer à début tardif, qui se manifeste généralement après 70 ans. Ce gène influence la production d’une protéine chargée de transporter les graisses dans le sang et d’éliminer les déchets du cerveau. Environ 25 % des adultes suivis dans l’étude en portaient une copie, et 2,3 % en avaient deux copies. Les porteurs de ce gène voient leur mémoire et leurs capacités de raisonnement décliner plus rapidement que les autres, sans qu’aucun médicament n’ait encore permis de ralentir significativement cette dégradation. Les chercheurs Sae Hwang Han (université du Texas à Austin) et Jessica Faul (université du Michigan) ont exploré cette piste dans une étude publiée en septembre 2026 dans la revue Alzheimer’s & Dementia.
L’étude révèle qu’un engagement social régulier, même modeste, peut ralentir le déclin cognitif chez les porteurs du gène APOE ε4. Pratiquer moins de quatre heures par semaine de bénévolat formel, comme dans une association caritative, religieuse ou éducative, permet de retarder l’apparition des troubles cognitifs de près de deux ans. Cet effet a été observé en comparant les participants avant et après leur engagement, ce qui élimine les biais liés au mode de vie. En revanche, un engagement dépassant 200 heures par an ne montre plus de bénéfice, suggérant qu’un excès d’activité pourrait être contre-productif. L’entraide informelle, comme aider un voisin ou un ami, a également un impact positif, notamment chez les personnes d’origine hispanique, pour qui cette solidarité familiale est plus marquée.
Les chercheurs n’ont pas mesuré directement les mécanismes biologiques en jeu, mais ils proposent une hypothèse plausible. Le gène APOE ε4 favorise l’inflammation, fragilise les vaisseaux sanguins et perturbe la réponse au stress, trois facteurs connus pour accélérer la dégradation du cerveau. L’acte de donner du temps aux autres pourrait agir en contrant ces effets négatifs. En effet, l’engagement social réduit le stress et stimule des mécanismes de résilience, ce qui pourrait expliquer le ralentissement du déclin cognitif. Cette piste reste à confirmer par des études plus approfondies, mais elle ouvre une voie prometteuse pour compléter les approches thérapeutiques actuelles.
Les conclusions s’appuient sur les données de la *Health and Retirement Study*, une enquête américaine menée depuis 1998 auprès de 17 972 adultes interrogés tous les deux ans. Les chercheurs ont analysé l’évolution cognitive de ces participants en fonction de leur engagement bénévole. L’étude montre que l’effet protecteur du bénévolat est particulièrement marqué chez les porteurs du gène *APOE ε4*, mais qu’il existe aussi chez les autres. Ces résultats suggèrent que l’entraide pourrait être une stratégie universelle pour préserver la santé cognitive, indépendamment du profil génétique.

