LA SEXTAPE · « I Want Your Sex » : une délicieuse bataille des désirs
Douze ans que Gregg Araki n’avait pas réalisé de long métrage. Entre-temps, MeToo est passé par là, et la Gen Z a fait du consentement explicite sa langue maternelle..
Gregg Araki, réalisateur américain, revient au cinéma après douze ans d'absence avec le film I Want Your Sex, sorti en juillet 2026. Ce long-métrage marque son retour dans un paysage culturel transformé par des mouvements comme MeToo, qui a sensibilisé le public au consentement et aux rapports de force dans les relations intimes. La Gen Z, génération née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, a intégré ces enjeux dans sa culture, faisant du consentement explicite une norme sociale. Araki, connu pour son style provocateur et son approche camp (un courant esthétique exagéré et ironique), explore ces thèmes à travers une fable érotique désinvolte et volontairement vulgaire.
Le film suit Elliot (joué par Cooper Hoffman), un jeune homme maladroit et peu fortuné, qui devient l'assistant d'Erika Tracy (Olivia Wilde), une artiste à succès et prédatrice sexuelle assumée. Erika utilise Elliot comme objet de désir, allant jusqu'à lui offrir lors d'une scène, ou à lui imposer des godemichés roses. Une séquence emblématique montre Elliot collant des chewing-gums roses sur un dessin de vulve géante, avant de déclarer, mi-rêveur, mi-effrayé : « I’m a slave of this vagina. » Ce vagin devient un symbole central du film, où se mêlent pouvoir, art, sexe et argent. Le scénario s'inspire en partie du film La Secrétaire (2003) de Steven Shainberg, mais inverse les rôles : ici, c'est la femme qui domine, tandis que l'homme subit une forme d'émancipation par le BDSM (bondage, discipline, domination, soumission, sadisme, masochisme) qui tourne au cauchemar.
Erika Tracy incarne une génération pour laquelle le désir s'exprime à travers le flou, les rapports de force et le danger comme moyen de se construire. Elle justifie ses abus en déclarant : « L’art devient une trace résiduelle de l’ascension de quelqu’un. » Son œuvre artistique repose sur l'exploitation de ses amants, qu'elle filme à leur insu dans des poses de bondage outrancières. Son style visuel, saturé de couleurs, rappelle les photographes David LaChapelle et Jeff Koons, mêlant glamour et provocation. Araki dépeint cette dynamique avec une ironie qui évite à la fois l'approbation et la condamnation, soulignant l'ambiguïté morale de la relation entre Erika et Elliot. Elliot, lui, appartient à une génération où le porno performatif (pornographie centrée sur la performance et la mise en scène) et la verbalisation des limites sont devenus des normes.
Le film sort dans un contexte où les questions de consentement et d'asymétrie de pouvoir dans les relations intimes sont au cœur des débats sociétaux. Araki, connu pour son approche subversive, aborde ces sujets avec un mélange de cynisme et de glamour, reflétant les tensions entre les générations. La durée du film est de 1 heure et 30 minutes, et sa sortie en salles est prévue pour le 29 juillet 2026 sous le label *Metropolitan FilmExport*. Le réalisateur évite de prendre position clairement, préférant laisser le spectateur se forger sa propre opinion face à cette « bataille des désirs » où se croisent désir, pouvoir et création artistique.

