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Les Premières Nations prises au piège lors des saison des feux de forêt

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 7 j

Plusieurs facteurs rendent les communautés autochtones vulnérables lors des saisons des feux de forêt..

Crise des feux 2025

La saison des feux de forêt de 2025 a été la deuxième pire enregistrée au Canada, avec 165 événements d’urgence touchant 134 Premières Nations (peuples autochtones reconnus par la Constitution canadienne). Plus de 40 000 personnes issues d’au moins 83 communautés ont dû être évacuées dès la mi-août 2025. Ces incendies, aggravés par les changements climatiques, se propagent plus rapidement en raison de sécheresses prolongées et d’une saison des feux qui s’allonge. Les moyens pour les éteindre restent limités, malgré l’intensité croissante des incendies. Les Premières Nations, déjà vulnérables, subissent de plein fouet ces catastrophes naturelles en raison de lacunes structurelles dans la gestion des urgences et des infrastructures.

Rôle de la Défenseure

Marie-Josée Houle, la Défenseure nationale du logement au Canada, a publié un rapport en août 2026 mettant en lumière les difficultés des Premières Nations face aux feux de forêt. Son analyse révèle un manque de coordination dans la gestion des urgences et une pénurie de logements (plus de 55 000 nouveaux logements nécessaires selon un rapport de 2024). Elle souligne que les savoirs traditionnels des Premières Nations, essentiels pour gérer ces crises, ne sont ni suffisamment financés ni soutenus. Sans ces ressources, leur capacité à protéger leurs communautés est gravement compromise. Houle insiste sur la nécessité d’une gouvernance moderne intégrant ces connaissances et adaptée aux changements climatiques.

Lacunes systémiques

L’Assemblée des Premières Nations (APN), dirigée par la cheffe Cindy Woodhouse Nepinak, dénonce des lacunes systémiques dans les interventions d’urgence. En 2025, certaines communautés n’ont reçu aucun avertissement météorologique concernant la propagation des feux, tandis que d’autres ont été ignorées par les gouvernements provinciaux. Par exemple, au Manitoba, les autorités provinciales ont mis dix jours à répondre à un état d’urgence déclaré par des Premières Nations, une situation similaire s’étant produite en Saskatchewan. Ces retards aggravent les risques pour les populations, déjà confrontées à des conditions de vie précaires. L’APN rappelle que les Premières Nations sont des partenaires clés du Canada et doivent être soutenues activement.

Gestion inégale des évacuations

Les évacuations ont révélé des disparités majeures dans le soutien apporté aux victimes. Certaines municipalités et organisations autochtones ont collaboré pour accueillir les évacués, tandis que d’autres se sont retrouvées dépassées, refusant même d’héberger des personnes. Les lieux d’accueil, souvent saturés, ont contraint des aînés (personnes âgées) malades à dormir sur des lits de camp et exposé des victimes d’abus à des situations de danger. Des discriminations ont aussi été signalées, comme l’interdiction d’accès à des installations hôtelières (piscine, salle de sport) ou la distribution des repas par des portes arrière. Ces conditions ont aggravé les problèmes de santé et de sécurité des évacués.

Risques accrus pour les populations

Les femmes, les enfants et les jeunes des Premières Nations ont été particulièrement vulnérables lors des évacuations. Le rapport révèle qu’ils sont devenus des cibles pour des trafiquants de personnes et de drogue, profitant de leur isolement dans les hôtels d’accueil. Plusieurs évacués sont rentrés dans leurs communautés en moins bonne santé qu’au départ, certains ayant contracté des maladies. Ces situations illustrent l’absence de mesures de protection adaptées et l’urgence d’améliorer les conditions d’accueil et de suivi des populations déplacées. Les communautés touchées par les feux en 2025 ont subi des pertes matérielles et humaines difficiles à surmonter.

Manque de financement et solutions

Le rapport souligne un déficit d’infrastructures criant dans les communautés des Premières Nations, avec des coûts élevés pour assurer les résidences et une couverture d’assurance souvent insuffisante. Pour y remédier, Marie-Josée Houle et l’APN proposent dix recommandations, dont l’élaboration d’une stratégie nationale de gestion des urgences pour coordonner les actions entre les Premières Nations, le gouvernement fédéral et les provinces. D’autres pistes incluent des investissements dans la sécurité contre les incendies, l’amélioration de la surveillance et des infrastructures locales. Un rapport de 2024 estimait que combler ce déficit coûterait 349 milliards de dollars mais générerait 635 milliards de retombées économiques sur sept ans.

Ce que ça pourrait changer

Le déficit d’infrastructures et de logements dans les Premières Nations n’est pas dû à de mauvaises décisions locales, mais à un **système historique d’isolement et de marginalisation**. Les lois et politiques canadiennes ont longtemps contribué à priver ces communautés des ressources nécessaires pour se développer. Marie-Josée Houle et l’APN appellent à une collaboration étroite entre les gouvernements et les Premières Nations pour passer d’une approche **réactive** (interventions d’urgence après une crise) à une approche **préventive**, centrée sur le leadership autochtone. L’objectif est de garantir la sécurité et le logement des communautés dans un contexte de climat changeant, tout en respectant leurs droits et leurs savoirs traditionnels.

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