Raphaël Glucksmann désigné par les sociaux-démocrates : pourquoi les primaires ne sont pas forcément des machines à perdre
L’ESSENTIEL Raphaël Glucksmann a largement remporté la primaire réunissant les candidats de la gauche sociale-démocrate (Parti socialiste, Place publique, Gauche républicaine et socialiste). Parfois présentées comme une « machine à perdre », les primaires ont de nombreuses vertus : sélection des candidats, médiatisation, choix démocratique.
Les primaires sont des élections internes à un parti politique ou ouvertes aux sympathisants pour choisir un candidat à une élection majeure, comme la présidentielle en France. Elles permettent de limiter le nombre de candidats d’une même tendance politique, évitant ainsi des divisions nuisibles au second tour. Par exemple, en 2002, Lionel Jospin, candidat socialiste, fut éliminé dès le premier tour à cause de la multiplication des candidatures de gauche. Les primaires peuvent être internes (réservées aux adhérents) ou ouvertes (accessibles aux sympathisants). Elles offrent une visibilité médiatique aux candidats et favorisent une participation démocratique accrue. Certaines primaires exigent une inscription payante, ce qui génère des revenus pour les partis organisateurs.
Le Parti socialiste (PS) a organisé plusieurs primaires pour désigner ses candidats à la présidentielle. En 2006, une primaire interne avec 100 000 adhérents permit à Ségolène Royal de gagner, malgré les divisions internes. En 2011, une primaire ouverte aux sympathisants attira 2,7 millions de votants au premier tour et propulsa François Hollande vers la victoire présidentielle. En 2017, une primaire tardive et divisée aboutit à la désignation de Benoît Hamon, qui termina à 6,4 % au premier tour. En 2022, une primaire interne avec seulement 22 150 votants désigna Anne Hidalgo, reflétant le déclin du parti. Ces exemples montrent que les primaires peuvent dynamiser un candidat, mais leur succès dépend du contexte politique et de l’engagement des participants.
En 2016, la droite et le centre organisèrent une primaire ouverte qui attira 4,4 millions de votants au second tour. François Fillon, peu favori, fut élu avec 66,5 % des voix, battant Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Cependant, une affaire judiciaire (emploi fictif de son épouse) et sa mise en examen en 2017 firent chuter ses intentions de vote, le conduisant à l’élimination au premier tour de la présidentielle. En 2022, Les Républicains (LR) organisèrent une primaire interne avec 149 000 adhérents. Valérie Pécresse en sortit vainqueur, mais sans créer de dynamique de campagne, reflétant la faiblesse du parti. Ces cas illustrent que les primaires peuvent surprendre, mais aussi que des scandales ou un contexte défavorable peuvent annuler leur effet positif.
En octobre 2024, Raphaël Glucksmann a remporté la primaire de la gauche sociale-démocrate (Parti socialiste, Place publique, Gauche républicaine et socialiste) dès le premier tour avec 66,2 % des suffrages, loin devant Olivier Faure (14,5 %). Ce résultat reflète le rejet d’une alliance avec Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise (LFI) par une partie de la gauche modérée. Glucksmann, perçu comme un candidat non partisan, bénéficie d’un « vote utile » pour incarner une alternative à Mélenchon. Avant la primaire, ses intentions de vote oscillaient entre 9,6 % et 11,5 %, mais il reste largement distancé par Marine Le Pen (23,8 %), Mélenchon (16,6 %) et Édouard Philippe (16 %). L’impact de cette victoire sur sa campagne dépendra des prochains sondages et de sa capacité à mobiliser au-delà de son camp.
Les primaires présentent plusieurs avantages : elles clarifient les choix politiques, médiatisent les candidats et renforcent la légitimité du vainqueur. Cependant, elles exposent aussi les divisions internes, comme en 2017 pour le PS ou en 2016 pour la droite avec l’affaire Fillon. Les primaires ouvertes, plus populaires, attirent davantage de participants mais peuvent aussi attirer des votants opportunistes. Les primaires internes, limitées aux adhérents, reflètent souvent la santé déclinante d’un parti, comme en 2022 pour le PS ou LR. Enfin, leur succès dépend du contexte : une primaire peut dynamiser un candidat (Hollande en 2012) ou le condamner (Hamon en 2017) si le climat politique lui est défavorable.

