En campagne 4/4 : Le temps des populistes
À la veille de 2027 et du départ d’Emmanuel Macron, comment les journalistes ont-ils traversé dix années de défiance politique et médiatique ? Que révèlent les offensives des puissances de l’argent et la bataille culturelle sur l’état de la presse et de la démocratie ?.
Entre 2017 et 2027, la France a connu une décennie marquée par une défiance croissante envers les institutions politiques et les médias. Deux mouvements sociaux majeurs illustrent cette rupture : la Manif pour tous en 2017, contre le mariage homosexuel, et les Gilets jaunes en 2022, nés d’une colère fiscale et sociale. Ces contestations, qui ont débuté dans les campagnes et les ronds-points avant de s’étendre aux villes, ont profondément marqué les responsables politiques et les journalistes. François-Xavier Lefranc, journaliste à Ouest-France, souligne que les médias sont devenus des cibles pour des citoyens estimant ne pas être écoutés. Cette période a poussé les rédactions à repenser leur approche, en insistant sur l’importance de l’écoute et du temps nécessaire pour exercer leur métier. La confiance entre le public et les médias, selon lui, doit se mériter.
L’élection présidentielle de 2022 a révélé une transformation majeure dans le paysage médiatique français, avec l’essor de CNews et le déclin d’iTélé. Cette évolution s’inscrit dans un contexte où l’influence des propriétaires de presse, comme Vincent Bolloré, devient un sujet de débat. Ariane Chemin, journaliste au Monde, parle d’un journalisme d’opinion qui ne se cache plus, où certains médias créent une musique médiatique en mettant en avant des thèmes spécifiques, comme l’insécurité ou l’immigration, parfois au nom de l’audience. Michel Urvoy, ancien journaliste à Ouest-France, explique que ces groupes médiatiques ont pour ambition de peser sur le débat public à travers leurs recrutements, leurs choix éditoriaux et la hiérarchie de l’information. Ces stratégies interrogent sur l’indépendance réelle des rédactions et leur rôle dans la fabrication de l’opinion publique.
L’élection de 2022 a aussi été marquée par la candidature d’Éric Zemmour, ancien journaliste devenu éditorialiste puis candidat à la présidentielle. Son parcours a mis à l’épreuve les rédactions qui l’ont côtoyé, notamment au Figaro. Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro, affirme que le journal n’a pas soutenu sa candidature, soulignant un pluralisme idéologique au sein de la rédaction. Cependant, Sophie de Ravinel, ancienne journaliste au même journal, évoque une connivence forcée avec une partie de la direction, rendant son travail compliqué. Zemmour a finalement obtenu 7,2 % des suffrages au premier tour, confirmant son influence sur le débat politique. Son parcours interroge le rôle des médias dans la construction des figures politiques et les limites de leur neutralité.
À l’approche de 2027, une question centrale se pose : est-il devenu plus difficile de raconter les attentes des Français que de couvrir la conquête du pouvoir par les candidats ? Marine Lamoureux, journaliste à La Croix, met en garde contre une démocratie fragilisée par la division. Elle souligne que si les médias abandonnent la lecture de ce qui unit les citoyens, comme l’envie de vivre ensemble, cela devient dangereux pour la démocratie. Selon elle, se concentrer uniquement sur les divisions mène à une impasse, car plus rien ne nous rassemble, et c’est la fin de la démocratie. Cette réflexion rappelle l’importance du journalisme comme outil de cohésion sociale et de compréhension des enjeux collectifs.
L’élection présidentielle de 2022 s’est déroulée dans un contexte international marqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cet événement a bouleversé la campagne et mis en lumière les tensions entre les médias, les responsables politiques et l’opinion publique. Emmanuel Macron a été réélu face à Marine Le Pen, mais cette période a révélé les fractures profondes de la société française. Les médias, pris entre leur rôle d’information et les pressions économiques et politiques, doivent désormais naviguer dans un paysage médiatique en mutation. La bataille culturelle, alimentée par des groupes médiatiques puissants, et la guerre en Ukraine ont ainsi redessiné les contours du débat public et des attentes citoyennes.

