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Culture

Que peut le pape face aux puissances de l’IA ?

France Culture - Savoirs · mis à jour 25 sept.

Lors de sa visite en France, le pape Léon XIV se rend à l’Unesco pour échanger autour de l’intelligence artificielle. Depuis la sortie de son encyclique “Magnifica Humanitas”, le pape appelle à “désarmer” l’IA.

Le pape et l'IA

Le pape Léon XIV, chef de l'Église catholique, a publié en mai 2026 une encyclique intitulée Magnifica Humanitas entièrement consacrée à l'intelligence artificielle (IA). Dans ce texte, il appelle à « désarmer » l'IA et à « remettre l'humain au centre » de son développement. Une encyclique est une lettre solennelle adressée par le pape à l'ensemble des fidèles, mais aussi aux dirigeants et aux intellectuels, pour exposer la position de l'Église sur un sujet majeur. Lors de sa visite en France le 25 septembre 2026, le pape s'est rendu à l'Unesco, une organisation des Nations unies dédiée à l'éducation, la science et la culture, pour discuter de l'IA avec des experts et des responsables internationaux. Le Vatican, siège de l'Église catholique, cherche ainsi à peser dans le débat mondial sur les enjeux éthiques et sociétaux posés par l'IA, face aux géants technologiques comme les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).

Un appel à l'éthique

Le pape Léon XIV et son conseiller, le théologien Paolo Benanti, soulignent que l'IA, bien qu'utile, pose des risques majeurs pour l'humanité. Parmi ces risques figurent la perte de contrôle des machines sur les décisions humaines, la manipulation des données personnelles ou encore l'aggravation des inégalités sociales. Paolo Benanti, expert en IA et en éthique, travaille directement avec le pape pour intégrer les principes chrétiens dans le développement technologique. L'Église catholique propose une approche fondée sur la dignité humaine, la transparence et la responsabilité, en opposition à une vision purement technique ou marchande de l'IA. Le pape a également évoqué la nécessité d'une régulation internationale pour encadrer ces technologies, afin d'éviter qu'elles ne deviennent des outils de domination ou d'exclusion.

L'Église face aux géants tech

Face aux entreprises technologiques, souvent américaines ou chinoises, qui dominent le secteur de l'IA, l'influence morale et spirituelle du pape semble limitée. Les géants de la tech, comme ceux du GAFAM, investissent des milliards d'euros dans le développement de l'IA, tandis que le Vatican ne dispose ni de leur puissance financière ni de leur capacité d'innovation. Cependant, le pape mise sur son rôle de leader moral pour sensibiliser les opinions publiques et les gouvernements. Par exemple, son encyclique a été largement relayée dans les médias internationaux, et sa visite à l'Unesco montre une volonté de dialogue avec les institutions publiques. L'Église catholique compte aussi sur son réseau mondial, avec plus de 1,3 milliard de fidèles, pour diffuser ses messages et influencer les débats éthiques.

Un enjeu géopolitique

L'appel du pape s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu autour de l'IA. Les États-Unis et la Chine, principaux acteurs du secteur, se livrent une course technologique intense, tandis que l'Europe tente de se positionner avec des réglementations strictes, comme le RGPD (Règlement général sur la protection des données). Le pape, en tant que figure morale, cherche à promouvoir une approche humaine et équitable de l'IA, en opposition aux logiques de profit ou de contrôle des États. Son intervention à l'Unesco, un lieu symbolique de coopération internationale, renforce cette volonté de placer l'éthique au cœur des discussions. Cependant, son influence réelle dépendra de la capacité des États et des entreprises à intégrer ces principes dans leurs stratégies technologiques.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ses efforts, le pape Léon XIV rencontre des limites dans son action. D'abord, l'Église catholique n'a pas de pouvoir coercitif : elle ne peut pas imposer de règles contraignantes aux États ou aux entreprises. Ensuite, les enjeux technologiques évoluent rapidement, et les régulations peinent à suivre le rythme. Enfin, certains critiques estiment que les positions de l'Église, bien que bien intentionnées, pourraient être perçues comme trop conservatrices ou moralisatrices, limitant leur acceptation par les acteurs du secteur. Paolo Benanti, lui-même, reconnaît que le défi est immense : « Désarmer l'IA » ne signifie pas l'empêcher de se développer, mais plutôt en orienter l'usage pour le bien commun, un objectif qui dépendra largement de la coopération entre les différentes parties prenantes.

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