Pourquoi les démocraties occidentales ont-elles fait le choix du pétrole ?
Les démocraties occidentales ont développé une dépendance massive au pétrole au cours du XXe siècle, malgré le fait que cette ressource était majoritairement extraite à l'étranger. Ce choix a rendu ces pays vulnérables aux crises géopolitiques, comme les fermetures de vannes en Russie ou les restrictions de l'OPEP. L'OPEP (*Organisation des pays exportateurs de pétrole*) est un cartel créé en 1960 regroupant 13 pays producteurs, dont l'Arabie saoudite et l'Irak, qui coordonne les volumes de production pour influencer les prix mondiaux. Les points de passage stratégiques, comme le détroit d'Ormuz, deviennent des leviers de pression. Cette dépendance n'est pas naturelle, mais le résultat d'un processus historique où des acteurs puissants ont façonné une infrastructure rendant le pétrole indispensable, selon le politologue britannique Timothy Mitchell dans son ouvrage *Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l'ère du pétrole* (2013).
Les démocraties occidentales ont développé une dépendance massive au pétrole au cours du XXe siècle, malgré le fait que cette ressource était majoritairement extraite à l'étranger. Ce choix a rendu ces pays vulnérables aux crises géopolitiques, comme les fermetures de vannes en Russie ou les restrictions de l'OPEP. L'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) est un cartel créé en 1960 regroupant 13 pays producteurs, dont l'Arabie saoudite et l'Irak, qui coordonne les volumes de production pour influencer les prix mondiaux. Les points de passage stratégiques, comme le détroit d'Ormuz, deviennent des leviers de pression. Cette dépendance n'est pas naturelle, mais le résultat d'un processus historique où des acteurs puissants ont façonné une infrastructure rendant le pétrole indispensable, selon le politologue britannique Timothy Mitchell dans son ouvrage Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l'ère du pétrole (2013).
Au XIXe siècle, aux États-Unis, l'industrie automobile n'était pas dominée par une seule source d'énergie. Plusieurs technologies coexistaient : les véhicules à essence, électriques (alimentés par des batteries au plomb rechargées par des centrales au charbon ou hydroélectriques), à vapeur (fonctionnant au bois ou au charbon), ou encore aux biocarburants comme l'éthanol produit à partir de betterave, de canne à sucre ou de maïs. L'énergie était alors locale et dispersée, provenant de centrales de quartier ou de distilleries agricoles. Cette diversité montre que le pétrole n'était pas une évidence, mais un choix parmi d'autres. La voiture électrique « La Jamais Contente », qui a atteint 100 km/h en 1899, illustre cette période de pluralisme technologique avant que le pétrole ne s'impose comme la norme.
Le basculement vers le pétrole a été accéléré par des acteurs économiques puissants, notamment le grand capital américain, qui a façonné une infrastructure mondiale rendant les hydrocarbures indispensables. Timothy Mitchell explique que cette transition n'a pas été démocratique, mais imposée par des intérêts économiques dominants. Ces acteurs ont investi massivement dans les infrastructures pétrolières, comme les oléoducs et les tankers, créant une dépendance structurelle. Le pétrole est devenu central non pas parce qu'il était la meilleure solution technique, mais parce que des acteurs influents ont construit un système où son extraction, son transport et sa distribution étaient optimisés pour en faire la source d'énergie dominante, au détriment d'autres alternatives plus locales ou moins centralisées.
L'accès au pétrole a souvent été obtenu grâce au colonialisme européen et à l'exploitation des ressources des pays du Sud. Les démocraties occidentales, incapables d'extraire suffisamment de pétrole sur leur territoire, ont dû se tourner vers des régions comme le Moyen-Orient, l'Afrique ou l'Amérique latine. Cette dépendance a été renforcée par des accords politiques et économiques inégaux, où les pays producteurs étaient souvent soumis à des conditions défavorables. Par exemple, les compagnies pétrolières occidentales ont obtenu des concessions à bas coût dans des pays comme l'Arabie saoudite ou l'Iran, tout en contrôlant les flux de production et de distribution. Ce système a permis aux démocraties occidentales de maintenir leur modèle économique et industriel, mais au prix d'une vulnérabilité géopolitique accrue.
La dépendance au pétrole expose aujourd'hui les démocraties occidentales à des risques majeurs. Les crises récentes, comme les tensions autour du détroit d'Ormuz ou les sanctions contre la Russie, montrent à quel point ces pays sont fragilisés par leur choix énergétique. Le détroit d'Ormuz, situé entre l'Iran et Oman, est une voie maritime stratégique par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial. Une fermeture de ce détroit, même temporaire, pourrait provoquer une crise énergétique mondiale. De même, les décisions de l'OPEP de limiter l'approvisionnement pour faire monter les prix ont des répercussions immédiates sur les économies occidentales. Cette vulnérabilité révèle que le pétrole, loin d'être une solution stable, est devenu un facteur de risque systémique pour les démocraties.

